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Le vaccin cubain pourrait permettre de sauver des millions de vies

Grâce à son secteur public de la biotechnologie et à l’engagement profond de son gouvernement en faveur de la santé publique, Cuba est désormais le seul pays à faible revenu à avoir fabriqué son propre vaccin contre le Covid-19. Mais les médecins de l’île ne se contentent pas d’avoir sauvé la population cubaine de la pandémie, ils proposent d’étendre leur aide à des millions de personnes dans le monde.

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Une grande partie de la couverture médiatique à propos de Cuba la semaine dernière s’est concentrée sur les manifestations anti-gouvernementales qui n’ont pas eu lieu. On a accordé beaucoup moins d’attention à un événement qui pourrait avoir un énorme impact mondial : la campagne de vaccination de l’île.

Après douze mois difficiles, au cours desquels une réouverture trop hâtive a entraîné une recrudescence de la pandémie, un pic des décès et une fermeture paralysante du pays, le succès du programme de vaccination a permis de renverser le cours de la pandémie dans le pays. Cuba est désormais l’un des rares pays à faible revenu à avoir non seulement vacciné la majorité de sa population, mais aussi le seul à l’avoir fait avec un vaccin qu’elle a développé elle-même.

Cette saga laisse entrevoir une issue possible pour les pays en développement, qui continuent de lutter contre la pandémie dans un contexte d’apartheid vaccinal imposé par les économies capitalistes. Elle prouve également, de manière plus générale, le potentiel d’une science médicale qui ne répond pas au profit privé.

Le pari le plus sûr

Selon l’université Johns Hopkins, à l’heure où nous écrivons ces lignes, Cuba a entièrement vacciné 78 % de sa population, ce qui la place au neuvième rang mondial, devant des pays riches comme le Danemark, la Chine et l’Australie (les États-Unis, avec un peu moins de 60 % de leur population vaccinée, se classent au cinquante-sixième rang). Le retournement de situation depuis le début de la campagne de vaccination, en mai, a permis de redresser la situation du pays face au double choc de la pandémie et de l’intensification du blocus étatsunien.

Après un pic de près de dix mille infections et de près de cent décès par jour, ces deux chiffres sont désormais en chute libre. À la fin du mois dernier, 100 % des Cubain.e.s avaient reçu au moins une dose de vaccin. Le 15 novembre, le pays a rouvert ses frontières au tourisme, qui représente environ 10% de ses revenus économiques et les écoles ont récemment rouvert leurs portes. Cuba fait donc figure d’exception parmi les pays à faible revenu, qui n’ont vacciné que 2,8 % de leur population. Cette situation est due en grande partie à la thésaurisation des vaccins par les pays développés et au maintien zélé des monopoles de brevets, qui empêchent les pays plus pauvres de développer des versions génériques des vaccins qui ont été produits grâce à des fonds publics.

La décision de Cuba de mettre au point ses propres vaccins, dont deux, Abdala, qui tire son nom d’un poème écrit par un héros de l’indépendance et Soberana 2, qui signifie « souverain » en espagnol, ont été officiellement approuvés en juillet et août, a été déterminante à cet égard. Selon Vicente Vérez Bencomo, directeur de renommée internationale de l’Institut Finlay, spécialisé dans la recherche sur les vaccins, le pays a fait un « pari sûr » en décidant de ne pas accélérer le processus de développement du vaccin. De cette manière, Cuba a non seulement réussi à éviter de dépendre d’alliés plus importants comme la Russie et la Chine, mais a également garanti la possibilité d’ajouter un nouveau produit à ses exportations dans une époque d’énorme adversité économique.

Ces efforts sont déjà en cours. Le Vietnam, dont seulement 39 % de la population est entièrement vaccinée, a signé un accord avec Cuba pour l’achat de 5 millions de doses et son allié communiste a récemment expédié le premier lot de 1 million de doses, dont 150 000 sous forme de dons. Le Venezuela (avec 32 % de la population entièrement vaccinée) a également accepté d’acheter un lot du vaccin à trois doses pour l’équivalent de 12 millions de dollars et a récemment commencé à l’administrer, tandis que l’Iran (51 %) et le Nigeria (1,6 %) ont accepté de s’associer au pays pour développer leurs propres vaccins. La Syrie (4,2 %) a récemment discuté avec des responsables cubains de la possibilité de faire de même.

Les deux vaccins font partie d’une série de cinq vaccins contre le COVID que Cuba développe actuellement. Il s’agit notamment d’un vaccin nasal unique, qui fait actuellement l’objet d’essais cliniques de phase II et qui, selon l’un des scientifiques dirigeant la recherche, s’il s’avère sûr et efficace, serait très utile, la cavité nasale étant la principale voie d’entrée du virus dans l’organisme. Dans le même paquet se trouve un vaccin de rappel spécialement conçu pour les personnes déjà vaccinées avec d’autres vaccins et qui a récemment été testé sur des touristes italien.nes., Cuba a annoncé en septembre avoir entamé les démarches pour d’obtenir l’approbation de l’Organisation Mondiale de la Santé pour ses vaccins qui ouvrirait la voie à leur adoption généralisée.

Un vaccin différent

Selon Helen Yaffe, maître de conférences en histoire économique et sociale à l’université de Glasgow, outre leur pays d’origine, plusieurs caractéristiques des vaccins cubains les rendent uniques. Tout d’abord, il y a la décision de Cuba d’opter pour un vaccin protéique plus traditionnel plutôt que pour la technologie plus expérimentale de l’ARNm utilisée pour les vaccins COVID qui nous est maintenant familière et qui était en cours de développement depuis des décennies avant que le début de la pandémie ne permette sa percée.

De ce fait, le vaccin cubain peut être conservé au réfrigérateur ou même à température ambiante, contrairement aux températures subpolaires requises pour stocker le vaccin Pfizer ou aux températures négatives qu’exige le vaccin Moderna. « Dans les pays du Sud, où une grande partie de la population n’a pas accès à l’électricité, la réfrigération constitue un obstacle technologique supplémentaire » explique Helen Yaffe.

De plus, la technologie de l’ARNm, n’ayant jamais été utilisée sur des enfants auparavant, cela a entraîné un décalage considérable entre la vaccination des adultes et celle des enfants dans le monde développé (les vaccins pour les enfants de moins de cinq ans sont encore en cours de développement). En revanche, Cuba a cherché dès le départ à créer un vaccin que les enfants pourraient prendre. Depuis le mois de novembre, plus de 80 % de la population de l’île âgée de deux à dix-huit ans est complètement vaccinée.

Alors qu’environ deux tiers des enfants sont déscolarisés en Amérique latine et dans les Caraïbes depuis septembre, Cuba a rouvert ses salles de classe. Gloria La Riva, militante et journaliste indépendante qui a visité Cuba tout au long de l’année et qui se trouve à La Havane depuis la mi-octobre, a décrit la scène qui s’est déroulée à la Ciudad Escolar 26 de Julio alors que les parents et les grands-parents étaient venus assister à la réouverture de l’école :

    « C’est un événement très important pour les familles », dit-elle. « Tout le monde ressent une énorme fierté ».

Le pouvoir de la médecine à but non lucratif 

Il y a un autre facteur important qui rend le vaccin cubain spécial. « Le vaccin cubain est entièrement produit par le secteur public de la biotechnologie », explique Helen Yaffe.

Alors qu’aux États-Unis et dans d’autres pays développés, les médicaments qui sauvent des vies sont le fruit d’investissements publics, cela ne signifie pas que des entreprises privées n’en tirent pas profit et n’en contrôlent pas la distribution. Mais le secteur cubain de la biotechnologie est entièrement détenu et financé par des fonds publics. Cela signifie que Cuba a réussi la démarchandisation d’une ressource humaine vitale : la direction politique exactement opposée à celle que nous avons connue au cours de ces quatre dernières décennies de néolibéralisme.

Cuba a investi des milliards de dollars dans la création d’une industrie nationale de la biotechnologie, surtout depuis les années 1980, lorsqu’elle a dû renforcer ce secteur en raison d’une épidémie de dengue et de nouvelles sanctions économiques imposées par Ronald Reagan.  Malgré un blocus écrasant des États-Unis, responsables d’un tiers de la production pharmaceutique mondiale, le secteur biotechnologique cubain a réussi à prospérer : il produit près de 70 % des quelque huit cents médicaments consommés par les Cubain.e.s et huit des onze vaccins du programme national d’immunisation du pays ; il exporte des centaines de millions de vaccins par an dont les revenus sont ensuite réinvestis dans le secteur.

    « Tous les vaccins issus de l’innovation scientifique sont très chers et sont économiquement inaccessibles au pays », a récemment déclaré M. Vérez Bencomo à propos de la décision de Cuba de développer ses propres vaccins.

Ce secteur jouit d’une renommée internationale. Cuba a remporté dix médailles d’or de l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI) des Nations Unies pour avoir, entre autres, mis au point le premier vaccin au monde contre la méningite B en 1989. En 2015, Cuba est devenu le premier pays à éliminer la transmission du VIH et de la syphilis de la mère à l’enfant, grâce à ses médicaments rétroviraux et à son robuste système de santé publique.

En ce sens, Cuba a pu faire l’impensable : développer son propre vaccin et surpasser la plupart des pays développés dans la lutte contre la pandémie et ce, malgré sa taille, ses faibles revenus et la politique d’asphyxie économique menée par un gouvernement hostile situé au large de ses côtes. Les campagnes de solidarité internationale ont également été cruciales. Lorsque le blocus américain a entraîné une pénurie de seringues sur l’île, mettant en péril sa campagne de vaccination, des groupes de solidarité des États-Unis ont envoyé 6 millions de seringues à Cuba, le gouvernement mexicain en a envoyé 800 000 de plus et plus de 100 000 supplémentaires ont été envoyées par la Chine.

Une source d’espoir

Pourtant, les perspectives sont incertaines. L’utilisation des vaccins au Venezuela a suscité des objections de la part des syndicats de pédiatres et des autorités médicales et scientifiques du pays qui utilisent le même argument que d’autres critiques : les résultats des tests n’ont pas été soumis à un processus d’examen par les pairs ni publiés dans des revues scientifiques internationales. L’Organisation Panaméricaine de la Santé a demandé à Cuba de publier ses résultats.

Pour sa part, M. Vérez Bencomo blâme l’hostilité de la communauté internationale à l’égard de Cuba. Dans un entretien accordé en septembre, il a accusé les grandes revues de discrimination à l’égard des scientifiques cubain.e.s : ces revues scientifiques ont l’habitude de rejeter les soumissions des Cubain.e.s tout en publiant par la suite des recherches similaires menées dans d’autres pays et agissent comme « une barrière qui tend à marginaliser les résultats scientifiques provenant des pays pauvres ».

Ce sont là de graves accusations de la part d’un scientifique respecté dans le monde entier. Lauréat du Prix National de Chimie de Cuba et de la médaille d’or de l’OMPI en 2005, M. Vérez Bencomo a dirigé une équipe avec René Roy, le scientifique canadien qui a mis au point le premier vaccin semi-synthétique au monde, réduisant ainsi les coûts de l’immunisation contre l’Haemophilus influenzae de type B. Après avoir participé à la mise au point d’un vaccin peu coûteux contre la méningite, il s’est vu interdire en 2005 de se rendre en Californie pour y recevoir un prix, le Département d’État de George W. Bush jugeant sa visite « préjudiciable aux intérêts des États-Unis ». En 2015, il a été fait chevalier de la Légion d’honneur par Marisol Touraine, la ministre française des affaires sociales et de la santé de l’époque, qui l’a félicité pour son travail et l’a qualifié « d’ami de la France. » » (Vérez Bencomo n’a pas répondu à une demande d’interview).

Bien que la reprise de Cuba après la pandémie suggère que la confiance de Vérez Bencomo et celle du gouvernement cubain dans les vaccins est rationnelle, il faudra sans doute attendre un certain temps avant qu’ils ne reçoivent l’aval de la communauté scientifique internationale. Si cela se produit, nous disposerons d’un argument supplémentaire pour remettre en question le modèle actuel de développement des vaccins qui, selon le décalogue de Big Pharma, considère que seule la concurrence pour le profit est capable de produire le type d’innovation permettant de sauver des vies dont le monde a désespérément besoin.

Plus important encore, il pourrait s’agir d’un moyen pour les pays en développement de sortir enfin du trou noir de la pandémie dont ils ne semblent pas près de sortir, plusieurs mois après le déploiement des vaccins dans les pays riches. Les gouvernements occidentaux continuent de s’opposer aux appels lancés par les pays du Sud pour qu’ils renoncent aux brevets sur les vaccins et leur permettent de fabriquer ou d’acheter des versions génériques moins chères. Ce faisant, non seulement ils nuisent à la majorité de la population mondiale, mais, ironiquement, ils nous mettent tous et toutes en danger, si de nouvelles souches résistantes aux vaccins mutent dans les boîtes de Pétri de la taille d’un pays que cette politique déséquilibrée a créées. En ce sens, nous devrions tous et toutes espérer que les vaccins cubains se révèlent aussi efficaces que le prétendent les scientifiques qui les ont mis au point.

Par Branko Marcetic (publié le 29/11/2021)
A lire sur le site Anti-K
  • 24 décembre 2021 à 22:13

Pourquoi annuler les créances détenues par la Banque centrale européenne sur les pays de la zone euro ?

Depuis que la pandémie du coronavirus a commencé à avoir un impact en Europe, les dettes publiques dans la zone euro ont augmenté en moyenne de près de 20 %.

La raison en est simple : au lieu de taxer le 1 % le plus riche et les grandes entreprises, comme le CADTM et d’autres le demandaient (voir la pétition : https://www.cadtm.org/Pour-une-taxe-d-urgenceAnien-Covid-19), les gouvernements ont préféré recourir à l’endettement. Cela a créé une nouvelle dette illégitime qui s’ajoute aux anciennes.

Depuis 40 ans de néolibéralisme, à chaque crise économique, nous voyons le fossé entre les riches et les travailleurs se creuser, et les dettes publiques s’alourdir, dans un processus d’accumulation du capital qui ne s’arrête jamais. Il est mensonger de dire que la pandémie du coronavirus menace de manière égale les différentes classes sociales. Les grandes entreprises comme celles des GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) ont tiré d’énormes profits grâce au confinement, les entreprises du Big Pharma comme Pfizer, Moderna, AstraZeneca, Johnson & Johnson, Curevax, Merck, ont réalisé des gains faramineux grâce à la pandémie en vendant des vaccins et des traitements à des prix exorbitants (voir Coronavirus : Biens communs mondiaux contre Big Pharma ), les grandes banques et les fonds d’investissements ont également fait de grands bénéfices grâce aux aides des États tout comme les grandes entreprises spécialisées dans les combustibles fossiles comme le pétrole et le gaz.

Le refus d’imposer une taxe Covid aux multimillionnaires et aux grandes entreprises a non seulement accru les inégalités mais a également entraîné une forte augmentation de la dette, dont l’Europe est un bon exemple. La dette publique totale de la zone euro atteint 12 000 milliards d’euros. Entre début 2020 et juillet 2021, la dette est passée de 86 % du Produit intérieur brut de la zone euro à 100 %. C’est une moyenne. Une série de pays ont un ratio beaucoup plus élevé. La dette publique de la Belgique et de la France atteint presque 120 % du PIB ; celle de l’Espagne atteint 125 % ; celle du Portugal, 140 % ; celle de l’Italie atteint 160 %. Quant à la dette publique de la Grèce elle atteint 210 % alors qu’au pire de la crise de la dette grecque elle atteignait 180 % et que la Troïka affirmait qu’elle allait baisser.

La BCE détient une partie importante de la dette publique de la zone euro. Au moment où ces lignes sont écrites, la BCE possède pour plus de 3 900 milliards € de titres souverains de la zone euro, soit plus de 30 % de la dette totale qui atteint, comme nous l’avons, dit 12 000 milliards €. Le détail des chiffres par pays est accessible sur le site de la BCE. La BCE achète les titres souverains des pays de la zone euro au travers de deux programmes :
1. le Pandemic emergency purchase programme (PEPP) qu’on peut traduire par le programme « Pandémie » d’achats d’urgence
et 2. le public sector purchase programme (PSPP) qu’on peut traduire par le programme d’achat du secteur public.

Quelques exemples : la BCE détient environ 140 milliards € de la dette de la Belgique, 730 milliards € de la dette de la France, 360 milliards de la dette de l’Espagne, 675 milliards de la dette de l’Italie.

La BCE a acheté aux banques privées les titres en question car elle ne prête pas directement aux États membres de la zone euro. Par contre, les États remboursent à la BCE les titres qu’elle détient.

Depuis l’année 2020 de nombreux économistes et de multiples mouvements sociaux demandent l’annulation des dettes détenues par la BCE, voir notamment la tribune signée par plus de 150 économistes d’Europe, publiée par différents grands quotidiens en février 2021.

La direction de la BCE et les gouvernements européens ont rejeté cette proposition car ils sont favorables à l’augmentation de la dette.

Pourtant la BCE peut annuler dans son bilan les créances qu’elle détient sur les pays de la zone. Il s’agit de réaliser un jeu d’écriture, réaliser une opération comptable qui ne pose aucune difficulté et une banque centrale ne tombe pas en faillite.

Dans un avenir rapproché, les gouvernements et les autorités européens vont changer de discours. Après avoir affirmé que les États pouvaient augmenter leurs dettes, ils vont dire qu’il faut réduire les dépenses, réduire les investissements de l’État, prendre de nouvelles mesures structurelles dans le régime des retraites et la sécurité sociale, rétablir la règle de contrôle du déficit, suspendue pour l’instant mais en aucun cas éliminée. Autrement dit : le retour de l’austérité, dont il ne faut pas oublier qu’elle est gravée dans les traités européens.

Tout au long de cette période prolongée de pandémie, nous avons vu comment les droits et libertés publics ont été suspendus avec comme prétexte la lutte contre le virus. L’annulation de la dette publique aux mains de la BCE doit être une mesure d’urgence pour la santé publique. Si on annulait maintenant la dette détenue par la BCE, on réduirait d’un coup la dette des États de la zone euro d’environ 30 %. Le remboursement de la dette deviendrait moins volumineux et les pouvoirs publics pourraient augmenter les dépenses de santé, accroître les aides aux personnes qui en ont le plus besoin, augmenter les dépenses orientées vers le combat contre la crise écologique et le changement climatique. Il est essentiel qu’une fois pour toutes les intérêts collectifs des peuples d’Europe l’emportent sur la tyrannie des marchés.

Un avantage supplémentaire de l’annulation des dettes détenues par la BCE consiste dans le fait que celle-ci perdrait un instrument de chantage sur les États pour imposer son agenda néolibéral. En effet, tant que la BCE garde des créances sur les États de la zone euro, elle peut à tout moment menacer ceux qui ne sont pas dociles par rapport à la doxa néo libérale de ne plus acheter leurs dettes ou de les refuser comme garantie, ce qui renchérirait le coût de leurs nouveaux emprunts. C’est ce que la BCE a fait avec la Grèce en 2015, c’est ce qu’elle avait commencé à faire avec le gouvernement italien au printemps 2019.

Retirer ce moyen de chantage des mains des dirigeants de la BCE constituerait une victoire.

Mais il ne faut pas oublier que dans le cas où la lutte pour l’annulation des dettes, détenues par la BCE, n’aboutirait pas, un gouvernement populaire peut décider unilatéralement de suspendre le remboursement de la dette à la BCE, ce qui obligerait la Banque à négocier et à faire des concessions. Cela encouragerait d’autres gouvernements à faire de même. Pour cela, l’implication des citoyen·es est fondamentale, en continuant à soutenir et à construire le mouvement populaire pour l’audit de toutes les dettes comme élément clé pour déterminer la partie illégitime, illégale, odieuse et/ou insoutenable, afin de les annuler. C’est encore un élément stratégique aujourd’hui.

À ceux et celles qui disent que s’il y avait une annulation, les marchés financiers et les différents prêteurs privés exigeraient des taux d’intérêt plus élevés pour continuer à financer les États, il faut répondre que leur affirmation ne repose sur aucun fondement. Chaque État qui a obtenu une réduction significative de sa dette a pu avoir accès à des prêts moins onéreux qu’avant l’annulation. En effet, les prêteurs face à un pays dont la dette a fortement baissé estiment que celui-ci est devenu plus solvable et sont enclins à lui faire crédit.

Bien sûr une annulation de dette ne constitue pas une panacée, d’autres mesures sont tout à fait nécessaires : le prélèvement d’impôts beaucoup plus importants sur le 1 % le plus riche et sur les grandes entreprises comme nous l’avons demandé dès le début de la pandémie ; la lutte contre la grande fraude fiscale avec le prélèvement d’amendes importantes sur les fraudeurs, la suspension de la licence bancaire pour les banques qui servent d’intermédiaires pour l’évasion fiscale, l’élimination des paradis fiscaux européens, la socialisation des secteurs clés de l’économie… Une augmentation d’impôt sur les riches doit être combinée à une réduction des impôts et des taxes qui pèsent sur la majorité de la population. Il faut réduire radicalement la taxe sur la valeur ajoutée prélevée sur les produits et les services de base, notamment sur l’énergie. Les taxes sur les produits de luxe devraient être augmentées.

Faire face à la crise sociale que nous vivons passe inévitablement par la lutte contre les inégalités. Il faut combattre les inégalités croissantes, multiples et interconnectées, en intervenant sur les réalités qui sont la source et le reflet de ces inégalités, comme la fiscalité, la précarité, l’austérité et le pouvoir des entreprises. En résumé, il faut remettre au centre du débat la redistribution des richesses et des ressources comme axe central d’un programme écosocialiste. Parce que nos vies valent plus que leurs profits, mettons fin à la camisole de force de la dette.

Par un collectif de signataires (publié le 07/12/2021)
A lire sur le site du CADTM
  • 21 décembre 2021 à 21:37

Manifeste mondial pour les services publics

Un groupe de plus de 80 organisations du monde entier, dont des membres du CADTM, lance un manifeste appelant au renforcement des services publics, tels que l’éducation, l’énergie, l’eau et l’assainissement, l’alimentation, les services de santé et de soins, le logement, la sécurité sociale, les télécommunications, les transports, la collecte et l’élimination des déchets. Il faudra pour cela redéfinir les règles mondiales, réorienter les institutions publiques et recentrer les gouvernements sur la satisfaction des besoins des populations et sur le respect de la planète.

La pandémie du Covid-19 a montré les conséquences catastrophiques de décennies de privatisation néolibérale, de marchandisation et de financiarisation des services publics. L’effondrement écologique et la crise climatique sont imminents. Ces crises menacent les vies et les moyens de subsistance, plongeant des millions de personnes dans la pauvreté, provoquant des migrations massives et créant des troubles sociaux et une instabilité politique.

Le manifeste appelle à un nouveau pacte social, qui soutienne les familles et les communautés face aux crises systémiques auxquelles le monde est actuellement confronté. Il appelle également à des gouvernements plus forts qui répondent aux besoins des gens et de la planète. Il positionne la gouvernance démocratique et l’accès universel à des services publics de qualité comme le fondement d’une société juste et équitable qui met en œuvre les valeurs fondamentales de solidarité, d’égalité et de dignité humaine. Il propose dix principes pour construire des services publics de qualité.

Par Collectif (publié le 28/10/2021)
A lire sur le site du CADTM
  • 9 décembre 2021 à 14:22

Afrique du sud. 160 000 métallurgistes en grève illimitée pour l’augmentation des salaires

Le mouvement de grève a commencé le 5 octobre à l’appel du plus grand syndicat du pays (NUMSA qui regroupe plus de 400 000 affiliés). Ce sont les travailleurs du secteur sidérurgique et d’ingénierie qui se sont massivement mis en grève illimitée pour demander une augmentation des salaires.

« On souffre. Cela fait 13 ans que je fais ce travail et aucune reconnaissance. Le salaire que je perçois n’est pas suffisant. Je suis endetté, et je dois soutenir mon père, ma mère, mes frères et sœurs, ils dépendent tous de moi » explique Sabelo, technicien métallurgiste à RFI.

La sidérurgie et l’ingénierie ont un poids important dans l’économie du pays, autour de 2% dans la production du pays et emploie approximativement 190 000 travailleurs. C’est à dire que la grève est très largement suivie par ce secteur de la métallurgie puisque ce sont 160 000 grévistes que l’on compte ! Les grandes manifestations qui ont eu lieu à Johannesbourg notamment en sont un témoignage supplémentaire.

Les travailleurs revendiquent, au travers de la position de la NUMSA, une augmentation de 8% des salaires dans la branche. Le patronat a déjà tenté d’éteindre les braises de la colère en octroyant une augmentation de 4% des salaires, ce qui constitue de la poudre aux yeux puisque cela ne couvre même pas l’inflation effective entre 2020 et 2021 qui est de l’ordre de 4,55%.

Cette grève illimitée des travailleurs de la métallurgie se place dans un contexte économique et sociale tendue en Afrique du Sud. La pandémie a fait plus de 88 000 victimes et le PIB a plongé de plus de 7% en 2020.

Le nombre de personne sans emploi continue d’augmenter, avec un taux de chômage qui s’établit à près de 34.4% en juillet 2021 soit plus d’un tiers de la population privée de travail.

Ce n’est pas la première fois que les travailleurs sud-africains de la métallurgie font des actions et se mettent en grève, comme en 2018 suite à l’appel de la NUMSA. Cette grève illimitée est un exemple à suivre pour lutter contre la hausse du coût de la vie qui touche la classe ouvrière internationale.

Par Révolution Permanente (publié le 08/10/2021)
A lire sur le site Anti-K
  • 8 décembre 2021 à 17:59

Du théâtre-documentaire pour changer l’agriculture

La compagnie belge Adoc raconte le monde agricole par le théâtre. Dix ans après une première œuvre, « Nourrir l’Humanité c’est un métier », l’équipe remonte sur les planches pour présenter la suite de l’épopée de celles et ceux qui nous nourrissent.

Derrière les aliments que nous consommons, il y a des vies de femmes et d’hommes, éperdument amoureux du vivant. C’était l’un des messages de la pièce Nourrir l’Humanité, c’est un métier, que la compagnie belge Adoc a créée il y a dix ans, au lendemain de la crise du lait. Pour le nouveau spectacle de la compagnie, Nourrir l’humanité Acte 2, réalisé par Alexis Garcia, les comédiens Charles Culot avec en alternance Julie Remacle ou Sarah Testa ont procédé à une enquête documentaire, rencontré des personnes, écouté leurs histoires [1].

Sur scène, ils rapportent leurs mots, nous donnent à voir leurs gestes et leurs silences. Et cette réalité instantanée instruit autant qu’elle émeut, profondément. Aujourd’hui, si le modèle dominant reste celui de l’agriculture intensive, Charles Culot, comédien, fils et frère d’agriculteurs, note que de nombreuses personnes font le choix de produire autrement. Et que ces alternatives prennent des visages multiples : agroforesterie, circuits courts, agroécologie, permaculture…

Deux chaises, une table de cuisine, deux ballots de foin et une lampe. La scénographie est épurée pour laisser toute la place à la parole. De temps à autre, des écrans de télévision s’allument pour diffuser un témoignage direct. Dans l’un d’eux, Philippe Duvivier, président de la Fédération unie de groupements d’éleveurs et d’agriculteurs, se tourne vers la caméra : « Les syndicats ne nous soutiennent plus mais représentent l’industrie agroalimentaire ! » Le reste du temps, ce sont les acteurs qui théâtralisent la parole et imaginent quelques scènes comme un bal sur l’air de Claude François, La ferme du bonheur.

« Le monde agricole, c’est comme le visage d’une société. Ce qui s’y passe touchera quatre cinq ans plus tard le reste de la société », déclare Charles Culot. Individualisme, compétitivité, productivisme : les « maux » présentés sont loin d’être cantonnés au seul secteur agricole. Parmi les difficultés rapportées, il y a d’abord la sensation de travailler sans répit. Puis, celle de ne pas compter : « Celui qui y gagne, c’est toujours le commerçant, jamais le producteur. » Il y a aussi l’isolement dans les fermes, le surendettement ou bien les maladies liées aux pesticides. Un témoignage sur la transformation du métier fuse : « Tout doit être justifié administrativement, t’as toujours peur de pas être en ordre. » Jusqu’à la description glaçante d’un système déshumanisé à grande échelle : « On te donne quelque chose à condition que tu bouffes ton voisin. Il y a la prime à l’hectare, à l’animal, et puis c’est la fuite en avant. »

Mais il y a aussi toutes les trajectoires porteuses d’espoir : ce couple qui, du jour au lendemain, a décidé de ne plus utiliser d’engrais ou bien cette femme qui a « commencé comme ça les mains dans la terre » et pour qui ça a été « une libération ». En 1 h 25, tous les sujets liés à la transition agricole sont abordés et le spectateur ressort chargé d’une énergie folle.

Témoignages et engagements

Si la compagnie Adoc souhaite ainsi donner la parole aux invisibles, elle veut aussi s’engager. Chaque pièce est réalisée avec des associations dans un but pédagogique pour, selon les mots de la compagnie,  « inciter les spectateurs à imaginer un autre monde ». Et si l’on s’en tient à l’un des derniers témoignages, il y a urgence. Car « dans quelques années, trois quarts des agriculteurs auront plus de 55 ans, tout le monde va être retraité en même temps, il va y avoir plein de fermes à remettre et peut-être pas de repreneurs… » D’autant plus, que le prix de l’hectare en Belgique a atteint plus de 50 000 euros au 1ᵉʳ semestre 2021 selon le baromètre belge des terres agricoles. En l’absence d’acteurs de régulation, tels que la Safer en France, le prix des terres le long de la frontière est quatre fois plus élevé en Belgique qu’en France. Et de plus en plus de terres sont achetées par des grands groupes.

Après 47 représentations à Bruxelles, Nourrir l’humanité Acte 2 sera joué du 13 au 21 novembre 2021 pour le Festival PIVO dans le Val d’Oise. Et au mois de juin 2022, la compagnie partira pour une tournée-camion au long des routes de France [2]. Un long périple qui pourra tenter celles et ceux désireux d’engager cette transition agricole.

Par Marie Geredakis (publié le 18/11/2021)
A lire sur le site Reporterre
  • 2 décembre 2021 à 19:30

« La multitude mobilisée en masse est l’unique solution »

Depuis notre dernière rencontre, le philosophe et économiste Frédéric Lordon a publié trois ouvrages : Vivre sans ?, Figures du communisme et En travail. Le premier discutait les thèses autonomes, libertaires et localistes pour mieux louer une transformation globale — « macroscopique » — par la force du grand nombre, qu’il n’hésitait pas à qualifier, positivement, de « Grand Soir » ; le deuxième entendait réhabiliter l’hypothèse communiste et la détacher entièrement, par des esquisses d’avenir concrètes, des crimes commis en son nom au XXe siècle ; le dernier, signé aux côtés du sociologue Bernard Friot, détaillait son soutien au mode d’organisation socio-économique connu sous le nom de « salaire à vie » (mais renommé, par ses soins, « garantie économique générale »). Une évolution qui s’accompagne, chez Lordon, d’une préoccupation désormais centrale pour l’habitabilité de la planète. C’est donc de révolution sociale et d’urgence écologique dont nous discutons avec lui, sur fond de néo-fascisation grandissante.

Après avoir hésité à mobiliser le gros mot de « communisme », vous avez franchi un pas supplémentaire : le « néo-léninisme ». Vous vous empressez de dire que ça n’a rien à voir avec ce qu’on imagine. Avouez quand même que vous ne vous simplifiez pas la tâche !

Je prends plus au sérieux que vous ne croyez ces problèmes d’appellation. Je mesure quand même assez le poids des boulets symboliques qui sont accrochés à certains mots, celui de « communisme » en premier. Ce mot n’est plus un mot : c’est un tombereau d’images automatiques, un arc stimulus-réflexe. Mais alors pourquoi y revenir ? L’idée première c’est de nommer une positivité — c’est-à-dire de sortir du registre du refus, de la négativité des alter‑, des anti- et des post‑, de tous ces mots qui disent ce que nous ne voulons plus, mais ne disent jamais ce que nous voulons. Je gage que vous savez aussi bien que moi ce que coûtent en perte d’allant les stagnations dans le refus, et tout ce qu’on récupère de motricité à l’indication d’une direction positive — c’est-à-dire d’un désir. « Anticapitalisme », oui, ça il faut le dire — et tant de gens en sont encore paralysés. Mais anticapitalisme, ça ne suffit pas. Il faut nommer ce que nous voulons. « Communisme » nomme. Pour l’heure, franchement je ne vois pas de mot plus adéquat. Daniel Guérin, dont vous avez publié un texte il y a peu, nommait ainsi son idéal : Pour le communisme libertaire. J’entends ici « Pour » et « communisme », et j’aime bien.

Et « libertaire » ?

    « L’idée première c’est de nommer une positivité — c’est-à-dire de sortir du registre du refus, de la négativité des alter‑, des anti- et des post-. »

Et spécialement avec « libertaire » — le croirez-vous ? Maintenant, que le concours à la belle nomination (à la nomination efficace) reste ouvert, ça ne me gêne pas du tout. Au contraire. Et ceci sans non plus oublier que les imputations de grotesque, de ridicule ou de causes perdues font partie des commencements (ou des recommencements) minoritaires. Et que ça passe à mesure qu’on sort de la minorité, qu’on impose et qu’on fait croître ce qui à l’origine suscitait le rire ou la commisération. Allez savoir où nous en serons dans dix ou quinze ans de réchauffement et d’événements météorologiques extrêmes, qui seront en fait devenus des événements moyens ; où en sera l’idée anticapitaliste qui, pour l’heure, ne passe toujours pas les lèvres de la branche délicate de la gauche radicale ; où en sera le mot « communisme », qui suivra à distance — à mon avis moins ridicule, absurde ou encombrant qu’aujourd’hui. La politique, spécialement la politique communiste, ou révolutionnaire, ou d’émancipation, ici peu importe l’appellation, est une affaire de patience, c’est-à-dire d’anticipations sur des horizons temporels nécessairement plus longs que ceux de la politique dominante, qui a pour elle les « évidences » et les temporalités immédiates. Cependant, les crises organiques ont un pouvoir d’accélération qu’il ne faut pas sous-estimer non plus. Il y a quinze ou vingt ans, dire « capitalisme » ou « capitalistes » faisait de vous, au choix, un malade mental ou un mal décongelé. Pareil il y a cinq ou dix ans avec le mot « bourgeoisie », que les néolibéraux croyaient sans doute définitivement enseveli dans les gravats des années 1970. Avant de déclarer un combat symbolique perdu d’avance, attendons un peu de voir comment les choses tournent — et en ce moment elles tournent de plus en plus vite. Parfait, me direz-vous, mais on n’est pas non plus obligés de charger la barque jusqu’à craquer…

Et nous voici arrivés à Lénine…

Et est-ce qu’on ne pourrait pas se dispenser de lui ? Ici je vais plaider, mais peut-être pas ce que vous croyez. Je plaide l’adresse restreinte, et même locale : à l’usage de notre dé à coudre (tasse de thé, cabine téléphonique ?) de gauche radicale. « Néo-léninisme », c’est pour parler à la gauche radicale. Un orwellien qui passerait par là m’objecterait que le registre indigène de l’entre-soi, spécialement quand il est groupusculaire, n’est pas une idée bien fameuse. Or, dans le débat public élargi, si « communisme » = rigolo, « Lénine » = fou sanguinaire. Ça commence à faire beaucoup. Heureusement, dans le dé à coudre on ne se laisse pas impressionner par le révisionnisme et on connaît un peu d’Histoire. Dire « néo-léninisme » n’y est donc pas un stigmate — simplement un lieu de controverse, si elle est vive. En l’occurrence d’une controverse que je crois névralgique dans la conjoncture présente. Poser le signifiant « léninisme » (en fait néo‑, et le préfixe ne compte pas peu) est une manière de contredire ce que j’appellerais les « politiques de l’intransitivité ».

Qu’entendez-vous par là ?

Des politiques qui, de propos délibéré, renoncent à toute indication de direction pour se soustraire à l’imputation d’autoritarisme, et cultivent le mouvement pour le mouvement. « Le but est dans le chemin » ou « le cheminement est le chemin » sont implicitement ou explicitement ses maximes. Les derniers qui ont indiqué une direction révolutionnaire sont les bolcheviks, et de ceux-là nous ne voulons plus. C’est vrai que, de la manière bolchevik et de ce qui s’en est suivi, nous ne voulons plus — moi compris, figurez-vous. Pour autant ce dont je ne doute pas non plus, c’est que l’abandon de toute position de direction nous voue à l’échec. « En face », on sait très bien ce qu’on veut et où on va. Pendant que nous nous proposons de cheminer dans le cheminement, eux avancent. De fait, ça fait trente ans que nous les regardons avancer, sans aucune positivité déterminée à leur opposer, sans aucun destin collectif alternatif à proposer.

    « Une proposition politique majoritaire est une proposition qui dit explicitement où elle veut aller — ce qui, faut-il le dire, n’a rien à voir avec livrer un plan grandiose, tout armé. »

J’entends parfaitement l’objection qui s’inquiète de ce que les indications directionnelles finissent en confiscation dirigeante. C’est une inquiétude des mieux fondées, nous devons même l’avoir sans cesse en tête. Mais nous devons la mettre en balance avec l’inquiétude symétrique, au moins aussi bien fondée, que l’apologie de l’intransitivité n’arrive jamais nulle part. Or maintenant il urge d’arriver quelque part, c’est-à-dire de viser quelque part, de dire où est ce « quelque part » (pas n’importe où), et en quoi il consiste. « Néo-léninisme » est un nom donné à la position directionnelle : le fait d’assumer de dire quelque chose sur le quelque part, quelque chose de suffisamment défini, même, convaincu qu’à part les pratiquants d’une éthique de l’intransitivité, on ne fait pas venir à soi grand monde en proposant simplement de cheminer pour cheminer. Une proposition politique majoritaire est une proposition qui dit explicitement où elle veut aller — ce qui, faut-il le dire, n’a rien à voir avec livrer un plan grandiose, tout armé, tout ficelé, dont ne resterait plus qu’à recruter des troupes d’exécution.

La proposition destituante, et la proposition « cheminante » qui lui est clairement apparentée, sont des propositions paradoxales, où il est proposé de ne pas proposer — sinon de « s’en aller ». Les travaux du Comité invisible, par exemple, ont compté pour moi, comme pour beaucoup. On peut en dire tout ce qu’on veut mais ça envoyait (ça envoie toujours). Mais je crois que la fuite, la défection, étaient des propositions « d’époque », je veux dire de cette époque où déserter était la seule chose qu’il nous restait quand nous nous voyions dans l’impossibilité de faire quoi que ce soit du (contre) le capitalisme sinon le quitter — mais en le laissant derrière nous (car je n’ai jamais cru à l’hypothèse de la défection générale, qui aurait laissé le capitalisme entièrement déserté et voué à s’effondrer comme une enveloppe vide). De même que la raréfaction du mot « utopie » dans les discours actuels de l’émancipation me semble un excellent signe, le signe que nous n’avons plus pour unique solution de nous réfugier (fuir) dans la fantaisie d’un « sans-lieu » imaginaire (et sans aucune chance de jamais devenir réel), de même, je pense, les « destituants » devraient être heureux que se close le moment de la destitution : car cette clôture signifie que s’en prendre directement au capitalisme, et mettre quelque chose de défini à la place, est une idée qui commence à avoir droit de cité, c’est-à-dire que nous sommes peut-être en train de vaincre la « malédiction de Jameson » au terme de laquelle il était « plus facile de concevoir la fin du monde que la fin du capitalisme ». Je me demande même si la période qui s’ouvre n’a pas pour principe implicite la mise de cette formule cul par-dessus tête.

Quel sens donnez-vous à ce renversement ?

Que, non, nous ne voulons pas de la fin du monde ; que, par conséquent, nous commençons à penser très fort à la fin du capitalisme — et au communisme. Nous voyons ici la puissance du levier affectif que va constituer le péril climatique. Non, l’humanité ne se laissera pas mourir. Elle commence à entrevoir qu’elle est en danger, et lorsqu’elle y aura ajouté une idée claire et distincte des causes réelles de ce danger, il nous redeviendra plus facile de penser la mort du capitalisme que notre propre mort ! Nous nous apprêtons à sortir de la résignation. Voilà en définitive ce dont le mot « néo-léninisme » est l’anticipation, et aussi ce dont il est la sténographie : assumer, non la défection, mais la confrontation avec le capitalisme ; poser une direction ; considérer entre autres l’échelle macrosociale et la question des institutions ; penser une stratégie ; la soutenir par une forme ou une autre d’organisation (d’organisations)...

Par Ballast (publié le 18/11/2021)
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  • 1 décembre 2021 à 18:01

Fiscalité des multinationales : un virage important, mais un premier pas insuffisant contre l’évasion fiscale

L’Organisation de coopération et développement économiques (OCDE) a annoncé le 8 octobre 2021 avoir finalisé « la réforme majeure du système fiscal international ». Cette réforme prévoit une taxation unitaire d’une petite partie des profits des principales firmes transnationales et l’application d’un taux d’imposition minimum de 15 % sur les profits à l’étranger des multinationales à partir de 2023. Si cette réforme devrait porter atteinte aux paradis fiscaux qui offrent des taux très faibles voire nuls, elle n’est pas suffisante pour mettre fin à la course au moins-disant fiscal. Elle repose en outre sur une clé de répartition défavorable aux pays en développement.

L’annonce de l’accord est arrivée à la fin d’une semaine durant laquelle le thème de l’injustice fiscale a été présent tous les jours dans la presse. En effet, une nouvelle fois, le travail du Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) a permis de lever un coin de voile sur l’industrie offshore. Cela n’a toutefois pas empêché l’Union européenne de retirer trois pays de sa liste noire des paradis fiscaux (l’archipel Anguilla, la Dominique et les Seychelles) qui n’en compte désormais plus que neuf

Des 140 membres qui constituent le « Cadre inclusif » de l’OCDE/G20, 119 pays et 17 juridictions ont approuvé l’accord sur le BEPS 2.0 (selon l’acronyme anglais, Base erosion and profit shifting) reposant sur deux piliers et qui vise à adapter les règles fiscales mondiales aux réalités du XXIe siècle, en particulier au développement de l’économie numérique de ces dernières années.

La déclaration permet de faire entrer la fiscalité mondiale dans une nouvelle ère puisqu’elle remet en cause les paradis fiscaux et les multiples stratégies d’optimisation fiscale. Ceci devrait permettre un changement de cap en ce qui concerne la fiscalité internationale : on passerait d’une rivalité entre pays sur le terrain du moins-disant fiscal à une compétition plus saine qui consisterait à attirer les capitaux en fonction de la qualité des infrastructures par exemple

Un accord qui approfondit les inégalités Nord-Sud

Cependant, l’accord (qui porte sur deux piliers) est insuffisant, en particulier compte-tenu du contexte actuel qui accentue le besoin de mobiliser des recettes fiscales supplémentaires significatives pour tous les pays, y compris ceux du Sud, afin de faire face à la crise multidimensionnelle (sanitaire, sociale, économique et climatique).

Le premier pilier porte sur la taxation d’une faible partie des bénéfices de 100 entreprises multinationales (les plus grandes et les plus rentables au monde)

De plus l’accord institue une grande première, qui constitue une révolution dans le modèle fiscal international : le principe de taxation unitaire des multinationales est acquis, ce qui signifie que les taux seront calculés au niveau des groupes et non de chaque entité juridique distincte, coupant donc les ailes aux manœuvres consistant à transférer des profits entre filiales d’un même groupe pour des raisons purement fiscales.

Cependant, si ce principe est enfin validé, son application aurait dû concerner toutes les multinationales et une partie plus importante de leurs bénéfices. En effet, cet accord définit une nouvelle clé de répartition d’une fraction des bénéfices d’un nombre limité de multinationales (celles dont le chiffre d’affaires dépasse 20 milliards de dollars et le taux de rentabilité 10%) au détriment des paradis fiscaux et au profit des pays où se situent les maisons-mères et les ventes de ces sociétés, c’est-à-dire dans les pays où les entreprises exercent des activités commerciales et réalisent des bénéfices, qu’elles y aient ou non une présence physique.

Selon l’OCDE, des droits d’imposition sur plus de 125 milliards de dollars de profits (soit environ 108 milliards d’euros) devraient être réattribués chaque année entre les pays, à charge pour ces derniers de décider le taux d’impôt qu’ils y appliquent. Cela ne devrait concerner qu’une dizaine de milliards de dollars de recettes récupérées, alors que l’évasion fiscale générée par ces stratégies d’optimisation fiscale s’élève à vingt à trente fois plus selon les études

La réforme privilégie en outre les pays de consommation, c’est-à-dire principalement les pays dits développés. Quatre pays ne se sont pas joints à la déclaration, tous des pays du Sud : le Kenya, le Nigéria, le Pakistan et le Sri Lanka. La raison ? L’accord prévoit de supprimer toutes les taxes numériques existantes, or elles existent dans les deux pays africains mentionnés
; les deux pays asiatiques n’ont quant à eux pas justifié publiquement leur décision, mais elle s’inscrit dans le scepticisme que l’accord a suscité dans beaucoup de pays du Sud. Martin Guzmán, ministre des Finances de l’Argentine a déclaré que les préoccupations des pays en développement ont été largement ignorées dans les négociations. Il a aussi souligné que les pays en développement ont été contraints de choisir entre quelque chose de mauvais et quelque chose de pire, et que le pire scénario aurait été de ne rien obtenir, alors que le mauvais scénario est ce qu’ils obtiendraient

Un taux d’imposition minimum inférieur à la moyenne mondiale

Le deuxième pilier porte sur un taux d’imposition minimum mondial des sociétés et devrait être appliqué aux entreprises qui réalisent un chiffre d’affaires d’au moins 750 millions d’euros. Il a été fixé à 15 %. L’instauration de ce principe de taux minimum représente une énorme avancée, au moins sur le principe, puisqu’il met à mal la raison d’être des paradis fiscaux, qui tirent l’ensemble de la fiscalité mondiale vers le bas avec des taux de 0%

Cependant, pour réellement mettre fin à la course au moins-disant fiscal, il aurait fallu un taux au moins équivalent au taux moyen mondial qui est actuellement de 24%. C’est pour cette raison que la proposition initiale de Joe Biden d’un taux de 21% avait été bien reçue, même si les organisations de la société civile ont réclamé, depuis le début de ces négociations, qu’il s’élève à 25%.

Selon l’Observatoire européen de la fiscalité, un taux minimum mondial de 21% aurait permis de mobiliser 98 milliards d’euros de recettes supplémentaires par an pour les États membres de l’Union européenne, des recettes supplémentaires qui permettraient d’agir en faveur de la transition écologique et sociale, telle que l’ont demandé plus de 50 000 personnes dans les rues de Bruxelles ce dimanche 10 octobre 2021.

"Le taux est trop bas pour générer des revenus substantiels dans les pays en développement qui ont été les plus touchés par la pandémie"

Comme l’a souligné la Coalition pour la transparence financière, le taux est trop bas pour générer des revenus substantiels dans les pays en développement qui ont été les plus touchés par la pandémie. De surcroit, le taux moyen d’impôt des sociétés varie de 25% à 35% dans la plupart des pays d’Amérique latine et d’Afrique

Récemment, les quatorze membres de la Commission indépendante pour la réforme de la fiscalité internationale des entreprises ont affirmé qu’ « en pleine pandémie mondiale, et après avoir vu les pays riches monopoliser et thésauriser les vaccins, cet accord n’est guère de nature à renforcer la solidarité mondiale »

Les prochaines étapes ?

Les ministres des Finances et gouverneurs des banques centrales du G20 ont approuvé le texte actualisé de l’accord lors d’une réunion le 13 octobre 2021 à Washington. Il devra encore être approuvé lors du Sommet des dirigeants du G20 prévu les 30 et 31 octobre à Rome. L’accord est une première étape qui permettra de démarrer le processus d’élaboration d’une convention multilatérale en 2022, avant sa mise en œuvre en 2023.

D’ici là, la marge de manœuvre est, certes, faible mais il est encore temps d’améliorer ce projet d’accord. Comme la déclaration adoptée à ce stade est de très haut niveau, il y a en théorie encore beaucoup de décisions à prendre à un niveau plus détaillé (comme on peut le constater dans la déclaration et l’annexe).

Il serait dommage de passer à côté du momentum et de ne pas écouter les voix des citoyennes et citoyens qui exigent plus de justice fiscale, sociale et climatique. Nous avons plus que jamais besoin d’un accord qui garantisse la mise en place des transformations structurelles pour un monde juste et durable.

Par Leila Oulhaj (publié le 18/10/2021)
A lire sur le site CNCD
  • 24 novembre 2021 à 16:33

Les peuples indigènes dénoncent l’arnaque des marchés carbone

Quatrième jour à Glasgow. Les leaders mondiaux sont tous rentrés chez eux – en avion — mais les discussions se poursuivent à la COP26, le grand sommet sur le climat qui se tient jusqu’au 12 novembre. Après les annonces des jours derniers sur la lutte contre la déforestation (une centaine de dirigeants mondiaux se sont engagés lundi 1e novembre à enrayer la déforestation d’ici à 2030) et sur la réduction des émissions de méthane, la journée de mercredi fut plus technique. Thématique ? Comment la finance peut lutter contre le réchauffement climatique. Comme d’habitude, les kilomètres de couloirs qu’abrite le Scottish Event Campus menaient à de multiples conférences, débats, interviews et autres séances plénières, où il est parfois difficile de se repérer. Un sujet épineux a émergé des discussions : les marchés du carbone. Ces mécanismes permettent aux États et aux entreprises de compenser leurs émissions en achetant des quotas ou en investissant dans des projets de protection de l’environnement.

L’enthousiasme pour le dispositif n’est pas partagé. À l’entrée du site principal, des populations indigènes sont venues protester tôt le matin contre ce qu’elles estiment être un projet destructeur pour leurs communautés. « Les marchés carbone ne sont pas la solution, seulement une excuse pour permettre aux pays les plus pollueurs de continuer à extraire des énergies fossiles du sol », a commencé l’activiste de longue date Tom Goldtooth, directeur exécutif de l’Indigenous Environnemental Network. Regroupés en cercle derrière lui, plusieurs représentants de communautés péruviennes, d’Alaska ou du Canada brandissaient une pleine page du journal Financial Times sur laquelle figure une militante indienne, le regard déterminé. Le titre : « La compensation du carbone nous détruit. » La dizaine de militants présents portaient les habits traditionnels. Plusieurs d’entre eux ont pris la parole, le plus souvent en anglais mais également en portugais ou en espagnol, avec ce même refrain : les ressources fossiles doivent rester dans le sol. La seule solution pour atteindre la neutralité carbone est la réduction des émissions. En arrière-fond, une manifestation d’Extinction Rebellion résonnait, aux sons d’un tambour.

Le marché du carbone renaît de ses cendres

Eriel Deranger, directrice exécutive de l’organisation Indigenous Climate Action, s’est emparée du micro, la voix étranglée par l’émotion : « Ils nous disent que ce n’est pas grave parce que leurs émissions sont compensées. Ils essaient de nous acheter avec de l’argent mais ce qui nous rend heureux, c’est notre culture et notre identité. » À la fin de son discours, elle a expliqué que les marchés du carbone, en plus de permettre aux compagnies pétrolières et gazières de continuer leurs forages, chassent les populations indigènes de leurs territoires. « Ceux qui achètent les forêts et les terres veulent accroître leur capacité de séquestration du carbone. Dans les faits, cela veut dire que les communautés indigènes ne peuvent plus venir y chasser, pêcher ou même venir cueillir des plantes pour se soigner », a-t-elle dit à Reporterre. L’enjeu de cette COP26 : l’adoption, ou non, de règles robustes encadrant les marchés carbone, afin qu’ils ne contrecarrent pas les efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

« Cela montre que la société civile passe en dernier »

Les discussions ont dû, en tout cas, manquer de nuance : les ONG n’ont pas pu participer aux rencontres. Motif ? Les jauges, en raison du Covid. Cela a été annoncé à la dernière minute par le Royaume-Uni, le pays hôte de la COP. Aurore Mathieu, du Réseau Action Climat, rencontrée à l’extérieur des salles de réunion, nous a indiqué que seuls quatre tickets d’accès avaient été accordés pour des milliers de militants environnementaux. « Cela montre que la société civile passe en dernier », soulignait-elle. Surtout que le site internet sur lequel les rencontres devaient être rediffusées en direct fonctionnait mal. Pour les journalistes, la situation n’est guère plus simple. Certaines conférences importantes débutent à 9 h : une marée humaine s’agglutine alors autour de l’entrée principale, imposant aux participants d’attendre jusqu’à 1 h 30 avant de pouvoir mettre un pied dans le bâtiment.

Face à ces complications, même les employés ne semblent pas en mesure de fournir des réponses aux problèmes techniques. Le secrétariat des Nations Unies a envoyé un mot d’excuse mardi 2 novembre. Et s’est fendu d’un conseil : en cas de pluie, prenez le nécessaire. Même en période de réchauffement climatique, l’Écosse reste l’Écosse.
Compensation carbone, Greta Thunberg facétieuse, rebond des émissions en 2021… les autres actualités de la COP :

    COP26 : une large coalition de pays s’engage à sortir du charbon

Chili, Égypte, Pologne… À la COP26, une coalition de 190 pays et organisations s’est engagée à sortir de l’énergie au charbon à partir de 2030. La Chine et la France n’en font pas partie. Lire notre article ici.

    La finance promet d’atteindre la neutralité carbone en 2050…

Mercredi, 450 acteurs financiers se sont engagés à atteindre la neutralité carbone (ou le net-zéro) à l’horizon 2050. En d’autres termes, ces banques, assurances et gestionnaires d’actifs, qui représentent quelque 130 000 milliards de dollars d’actifs, s’engagent à atteindre un équilibre entre les émissions de gaz à effet de serre qu’ils émettent et celles qui seront retirées de l’atmosphère. Or ces objectifs reposent souvent sur des méthodes controversées dites de « compensation carbone », qui consistent à financer des projets de réduction d’émissions ou de séquestration de carbone.

Ces institutions ont promis de réduire leurs émissions de moitié au cours de cette décennie et se sont engagées à réviser leurs objectifs tous les cinq ans. « Plus de 130 000 milliards de dollars, et pas une seule règle pour empêcher qu’un seul dollar soit investi dans l’expansion des énergies fossiles… », a déploré l’ONG Reclaim Finance, qui indique que ces promesses n’empêcheront pas les investissements dans le charbon ou le pétrole.

    … Greta Thunberg se moque de ces objectifs :

L’activiste suédoise Greta Thunberg, facétieuse, a elle aussi décidé de se mettre au « net-zéro »… sur les gros mots : « J’ai le plaisir d’annoncer que j’ai décidé de devenir net-zéro sur les gros mots. Dans le cas où je dirais quelque chose d’inapproprié, je m’engage à compenser en disant quelque chose de gentil », a-t-elle déclaré sur Twitter. Elle faisait allusion au refrain qu’elle avait entonné au début de la COP, entourée de militants : « Vous pouvez vous mettre votre crise climatique dans le cul. » « Vous pourriez payer quelqu’un d’autre dans quelques années pour dire quelque chose de gentil à votre place », lui a conseillé Doug Parr, directeur de l’unité scientifique de Greenpeace UK.

    Les émissions mondiales de CO2 rebondissent

En pleine COP26, le Global Carbon Project a dévoilé ce jeudi 4 novembre son panorama des émissions mondiales de carbone. Résultat : les émissions devraient rebondir en 2021, sans toutefois retrouver leurs niveaux d’avant la pandémie.

En 2020, les émissions de carbone d’origine fossile avaient chuté de 5,4 % en raison des restrictions et confinements liés au Covid-19. Mais une augmentation de 4,9 % se profile en 2021. En cause : une utilisation accrue du charbon et du gaz. Tous les principaux émetteurs ont vu leurs émissions croître par rapport à 2020, que ce soit la Chine (+4 %), les États-Unis (+7,6 %), l’Union européenne (+7,6 %) et l’Inde (+12,6 %).

    Une fausse Elizabeth II a fermé le robinet de pétrole

À Glasgow, mercredi, des militants de l’organisation Les Amis de la Terre ont manifesté contre l’extraction d’hydrocarbures en mer du Nord. Une fausse reine d’Angleterre était présente : « Un demi-siècle après l’ouverture du robinet du pétrole de la mer du Nord, Sa Majesté la Reine revient aujourd’hui pour le fermer », ont commenté les activistes sur Twitter.

Par COP26, Reporterre (publié le 04/11/2021)
A lire sur le site Anti-K
  • 23 novembre 2021 à 06:13

« Pandora Papers »: et si on passait à l’action?

Après « LuxLeaks » en 2014, les « Panama Papers » en 2016, les « Paradise Paper »s en 2017, les révélations des « Pandora Papers », issues d’une nouvelle fuite de 12 millions de documents provenant de la finance offshore, montrent à quel point les plus fortunés continuent d’échapper à l’impôt. Contrairement à ce qui est parfois avancé, aucun indicateur fiable ne permet de dire que la situation se soit améliorée au cours des dix dernières années.

Avant l’été, le site ProPublica avait révélé que les milliardaires états-uniens ne payaient quasiment aucun impôt par comparaison à leur enrichissement et à ce que paie le reste de la population. D’après Challenges, les 500 premières fortunes françaises sont passées de 210 milliards d’euros en 2010 à plus de 730 milliards en 2020 (c’est-à-dire de 10% à 30% du PIB), et tout laisse à penser que les impôts acquittés par ces grandes fortunes (information somme toute assez simple mais que les pouvoirs publics se refusent toujours à publier) ont été extrêmement faibles. Doit-on se contenter d’attendre les prochaines fuites, ou bien n’est-il pas temps que les médias et les citoyens formulent une plateforme d’action et mettent la pression sur les gouvernements pour résoudre la question de façon systémique ?

Le problème de fond est que l’on continue en ce début de 21e siècle d’enregistrer et d’imposer les patrimoines sur la seule base des propriétés immobilières, en utilisant les méthodes et les cadastres mis en place au début du 19e siècle. Si l’on ne se donne pas les moyens de changer cet état de fait, alors les scandales continueront, avec à la clé le risque d’un lent délitement de notre pacte social et fiscal et la montée inexorable du chacun pour soi.

Le point important est que l’enregistrement et l’imposition des patrimoines ont toujours été étroitement liés historiquement. D’abord parce que le fait d’enregistrer sa propriété procure au propriétaire un avantage (celui de bénéficier de la protection du système légal), et ensuite parce que seule une imposition minimale permet de rendre l’enregistrement véritablement obligatoire et systématique.

Ajoutons que la détention d’un patrimoine est aussi un indicateur de la capacité contributive des personnes, ce qui explique pourquoi l’imposition du patrimoine a toujours joué un rôle central dans les systèmes fiscaux modernes, en complément de l’imposition pesant sur le flux de revenu (flux qui peut parfois être manipulé à la baisse, en particulier pour les patrimoines très élevés, comme l’a montré ProPublica).

En mettant en place un cadastre centralisé pour tous les biens immobiliers, aussi bien pour les logements que pour les biens professionnels (terres agricoles, boutiques, fabriques, etc.), la Révolution française a ainsi institué dans le même geste un système d’imposition reposant sur les transactions (les droits de mutation toujours en vigueur aujourd’hui) et surtout sur la détention (avec la taxe foncière).

En France comme aux Etats-Unis et dans la quasi-totalité des pays riches, la taxe foncière ou son équivalent anglo-saxon la property tax continuent de représenter le principal impôt sur le patrimoine (autour de 2% du PIB, environ 40 milliards d’euros de recettes annuelles en France). A l’inverse, l’absence d’un tel système d’enregistrement et d’imposition des biens fonciers et professionnels explique dans nombre de pays du Sud l’hypertrophie du secteur informel et les difficultés ultérieures pour mettre en place une imposition des revenus.

Le problème est que ce système d’enregistrement et d’imposition des patrimoines n’a quasiment pas bougé depuis deux siècles, alors même que les actifs financiers ont pris une importance prépondérante. Le résultat est un système extrêmement injuste et inégalitaire. Si vous possédez un logement ou un bien professionnel d’une valeur de 300 000 euros, et que vous êtes endettés à hauteur de 290 000 euros, alors vous allez payer la même taxe foncière qu’une personne qui a hérité du même bien et possède de surcroît un portefeuille financier de 3 millions d’euros.

Aucun principe, aucun raisonnement économique ne peuvent justifier un système fiscal aussi violemment régressif (les petits patrimoines paient de facto un taux effectif structurellement plus important que les plus élevés), à part le fait qu’on part du principe qu’il serait impossible d’enregistrer les patrimoines financiers. Or il s’agit non pas d’une impossibilité technique mais d’un choix politique : on a choisi de privatiser l’enregistrement des titres financiers (auprès de dépositaires centraux de droit privé, comme Clearstream ou Eurostream) puis de mettre en place la libre circulation des capitaux garantie par les Etats, sans aucune coordination fiscale préalable.

Les « Pandora Papers » rappellent aussi que les plus fortunés parviennent à éviter les impôts sur leurs biens immobiliers en les transformant en titres financiers domiciliés offshore, comme le montre le cas des époux Blair et de leur maison de 7 millions d’euros à Londres (400 000 euros de droits de mutation évités) ou celui des villas détenus sur la côte d’Azur via des sociétés écrans par le premier ministre tchèque Babis (par ailleurs soupçonné de détournement de fonds européens).

Que faire ? La priorité devrait être la mise en place d’un cadastre financier public et d’une imposition minimale de l’ensemble des patrimoines, ne serait-ce que pour produire une information objective à leur sujet.  Chaque pays peut avancer immédiatement dans cette direction, en exigeant de toutes les sociétés détenant ou exploitant des biens sur son territoire de révéler l’identité de leurs détenteurs et en les imposant en conséquence, en toute transparence et de la même façon que les contribuables ordinaires, ni plus ni moins. En renonçant à toute ambition en termes de souveraineté fiscale et de justice sociale, on ne fait qu’encourager le séparatisme des plus riches et le repli sur soi. Il est plus que temps de passer à l’action.

Par Piketti (publié le 12/10/2021)
A lire sur le site Le Monde
  • 22 novembre 2021 à 18:21

« Une véritable « transition écologique » impliquerait d’exproprier les capitalistes » Adrien Cornet

Je m’appelle Adrien Cornet, je suis raffineur, délégué syndical CGT mais également militant à Révolution Permanente. Je suis très fier d’être là aujourd’hui pour nôtre campagne, la vôtre aussi je l’espère, celle d’Anasse.

L’élévation de la température de l’air et de l’océan, la fonte des glaciers ou la hausse du niveau des mers se poursuivent à une vitesse et une ampleur sans précédent dans l’histoire de la planète. Au Canada dans un pays du Nord, cet été, il a fait plus de cinquante degrés. Les canicules, les sécheresses, les incendies, les méga feux en Grèce, en Turquie, en Algérie et dans le sud de la France nous ont rappelé à quel point le réchauffement climatique est une actualité

La famine de cet été à Madagascar, reconnue par l’ONU comme conséquence du réchauffement climatique, a plongé plus d’un demi-million d’enfants de moins de cinq ans dans la malnutrition. Le réchauffement climatique est déjà d’une extrême violence pour les pays du Sud alors que l’Afrique de l’ouest et la région méditerranéenne connaissent des sécheresses à répétition.

Si les émissions de gaz à effet de serre se poursuivent à leur rythme actuel, la montée des océans pourrait attendre le mètre supplémentaire et plus de 300 millions de personnes seraient menacées d’inondations, particulièrement en Asie. Des îles entières vont disparaitre d’ici 2050. C’est demain.

Il faut empêcher la destruction de la planète, le constat nous l’avons fait depuis longtemps. Des milliers de personnes sont descendues dans la rue pour le dire dans les manifestations Youth for Climate et les marches pour le climat. A Paris nous étions encore plus de cinquante mille il y a peu.

Marx voyait déjà une incompatibilité fondamentale entre la production durable et le capitalisme, il expliquait cela à partir de l’analyse de l’épuisement des sols par l’agriculture capitaliste. Concurrence, brevets, obsolescence programmée, surproductions : le capitalisme n’est pensé que pour générer des profits pour les patrons, il n’est pas pensé pour répondre aux besoins des personnes. C’est un système basé sur une croissance infinie alors que les ressources de la planète sont elles belles et bien finies.

L’une des solutions avancées par le GIEC pour ralentir le réchauffement climatique serait de sortir des énergies fossiles. Seulement sortir des énergies fossiles, réorganiser les transports, prendre les mesures radicales dont nous avons besoin n’exige pas moins qu’une révolution. Car ce n’est pas l’humain ou l’activité individuelle qui accélère le réchauffement climatique et qu’on pourrait transformer, mais bien le système capitaliste dans son ensemble qui menace la vie sur terre. Dans ce cadre, la Loi climat, les Convention citoyenne, et toutes les mesures visant à une régulation du capitalisme, constituent une impasse stratégique.

La COP26 à Glasgow au mois de novembre sera une nouvelle mise en scène des patrons et des états à leur service qui vont collectivement faire semblant de se préoccuper du climat tout en faisant perdurer un système qui détruit cette même planète. Macron, comme la plupart des gouvernements capitalistes et les nombreux partis verts, nous promet une transition écolo main dans la main avec les entreprises.

Pourtant celles-ci sont conscientes de l’enjeu climatique. Seulement, elles luttent pour défendre leurs profits à tout prix. C’est le cas de Total dont on apprenait aujourd’hui qu’elle savait depuis 1971 les effets désastreux sur le climat de ses activités, mais qu’elle avait tout fait pour nier le réchauffement climatique en commandant des études en ce sens.

A Grandpuits nous avons été directement confrontés à un projet de greenwashing de Total. Depuis plusieurs années, Total ferme ses raffineries en France pour les délocaliser dans d’autres pays. Après Flandres, La Mède, ce fut le tour de Grandpuits en 2021. Total nous a annoncé un “Projet Galaxie” qui consiste à transformer notre raffinerie en doublant la rentabilité de l’usine, pour produire de l’agrocarburants et de l’agro plastic à base d’huiles végétales pour l’un et de sucres pour l’autre.

Face à cette mascarade écologique on a mené une grève de 45 jours. Une grève auto-organisée, structurée autour d’un comité de grève et d’assemblées générales qui prenaient toutes les décisions démocratiquement du début à la fin du conflit.

Dans ce cadre on a notamment pointé comment le prétexte écolo était utilisé pour détruire nos emplois. Le projet Galaxie est en effet une aberration écologique quand on sait que la production d’agrocarburants et d’agroplastic occupe d’énorme surfaces de terres dont on manque cruellement pour produire une nourriture bio et saine pour nos enfants. Je salue au passage le combat de Fatima Ouassak à Bagnolet avec nos camarades d’Alternatiba qui lutte pour que les enfants des quartiers populaires aient de la nourriture bio dans leurs cantines.

Surtout que Total développe d’autres projets polluants en exportant son activité dans des pays où les normes sont inférieures. Par exemple, en Ouganda où ils font construire un pipeline de 1500 kms au milieu des parcs naturels privant des milliers de familles de leurs terres et de leur seul moyen de subsistant et détruisant la faune et la flore au rythme des passages de bulldozers.

Cette lutte contre la destruction des emplois nous l’avons menée au sein d’une alliance inédite entre des travailleurs de la Pétrochimie et des organisations écologiques comme les Amis de la Terre et Greenpeace. Avec eux nous avons pu démonter le discours de Total, mais aussi réfléchir à ce que serait une autre transition écologique.

Dans le cadre de cette lutte on a prouvé que les travailleurs, contrairement à ce qu’on voudrait nous faire croire, avaient eux aussi et en premier lieu intérêt à la transition écologique. Parce que les ouvriers sont les premiers impactés par la pollution de leur usine, nous habitons près de nos raffineries, nous en respirons les fumées, nous nous baignons dans les rivières qui reçoivent les eaux usées de nos usines.

Rappelons comme le disait Marx que le travailleur est d’abord et avant tout guidé par l’aiguillon de la faim. Aucun d’entre nous raffineurs ou travailleurs des centrales nucléaires n’avons choisi avec enthousiasme de faire les trois huit et de respirer du carburant ou de risquer notre vie à chaque instant. Nous avons fait ce choix pour nous éloigner de la précarité, mais nous aussi avons intérêt à en finir avec les industries polluantes.

C’est pour cette raison que l’on défend l’idée que la transition écologique devra se faire avec les travailleurs au centre, et sous contrôle ouvrier.

Dans le cas des raffineries, en attendant d’en finir avec les énergies fossiles, produire sous contrôle ouvrier permettrait de réduire les dégâts écologiques. Par exemple, lors d’un défaut de maintenance entraînant un rejet Air/Eau plutôt que de vouloir à tout prix continuer à faire tourner la machine à profit quitte à polluer comme le fait le patronat, nous arrêterions l’outil de travail et nous ferions en sorte de ne pas polluer.

Encore une fois, la façon de produire et donc l’impact sur la nature dépend de qui dirige les moyens de production. C’est le cas dans les sites pétrochimiques mais aussi dans les transports, les centrales nucléaires, etc…

Une transition ouvrière va à l’encontre du capitalisme vert que la classe politique nous promet. Au mois d’août Macron exigeait dans un tweet « un accord à la hauteur de l’urgence » pour la COP26 à Glasgow. Mais dans le même temps, il est un des meilleurs soutiens du Projet de Total en Ouganda auprès du Président Ougandais.

C’est notre lutte qui inspire le programme écologique que nous porterons dans la campagne d’Anasse : un programme révolutionnaire qui tire les leçons de Grandpuits. Les capitalistes détruiront la planète plutôt que remettre en cause leurs profits et par-là nous condamnent… Nous avons besoin de mesures radicales qui remettent les travailleurs au centre.

A Révolution Permanente, nous sommes convaincus que la classe ouvrière est la seule capable de mener une véritable transition écologique aux côtés de nos alliés, des militants des organisations écologiques, des ingénieurs qui sont convaincus que ce n’est pas avec des taxes aux frontières ou en verdissant le capitalisme que l’on va sauver la planète.

« Le capitalisme détruit la planète, alors il va falloir détruire le capitalisme ». Dans ce cadre, il est urgent d’exproprier les capitalistes, de leur arracher les moyens de production. On ne peut pas leur laisser les leviers de l’économie avec lesquels ils ne pensent qu’au profit et ce en particulier dans les secteurs stratégiques : énergie, transports, qui sont clés pour la transition. Cela doit se faire sous contrôle ouvrier. Nous n’avons aucune confiance dans leur Etat qui a démantelé EDF, privatisé le rail, …

Un tel programme ne pourra s’imposer que dans la lutte de classe pour récupérer le contrôle de nos outils de production. Cette lutte révolutionnaire, on doit la mener aux côtés des écolos, de la jeunesse, et de l’ensemble de ceux qui subissent les conséquences néfastes du système capitaliste. C’est ce message là qu’on veut porter dans la présidentielle.

Par ailleurs, dans une campagne présidentielle marquée par le souverainisme, le nationalisme, notre campagne présidentielle veut porter la nécessité d’une transition écologique qui se veut internationaliste et anti impérialiste. La pollution c’est comme le nuage de Tchernobyl, elle ne s’arrête pas aux frontières.

Notre solidarité de classe non plus : les travailleurs de Petrobras au Brésil nous ont apporté leur soutien en dénonçant le Greenwashing de Total qui rachetait toutes les concessions pétrolières parce qu’ils ont les mêmes intérêts que nous en tant que travailleurs, celui de nourrir leur famille en protégeant notre environnement et la planète sur laquelle on vit. Partout dans le monde, en Ouganda, au Mozambique au Brésil, en France et ailleurs, les travailleurs, la jeunesse et les militants écolos doivent construire ensemble un rapport de force pour leur arracher les moyens de production.

Par Révolution Permanente (publié le 23/10/2021)
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  • 18 novembre 2021 à 13:31
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