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Fiscalité des multinationales : un virage important, mais un premier pas insuffisant contre l’évasion fiscale

L’Organisation de coopération et développement économiques (OCDE) a annoncé le 8 octobre 2021 avoir finalisé « la réforme majeure du système fiscal international ». Cette réforme prévoit une taxation unitaire d’une petite partie des profits des principales firmes transnationales et l’application d’un taux d’imposition minimum de 15 % sur les profits à l’étranger des multinationales à partir de 2023. Si cette réforme devrait porter atteinte aux paradis fiscaux qui offrent des taux très faibles voire nuls, elle n’est pas suffisante pour mettre fin à la course au moins-disant fiscal. Elle repose en outre sur une clé de répartition défavorable aux pays en développement.

L’annonce de l’accord est arrivée à la fin d’une semaine durant laquelle le thème de l’injustice fiscale a été présent tous les jours dans la presse. En effet, une nouvelle fois, le travail du Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) a permis de lever un coin de voile sur l’industrie offshore. Cela n’a toutefois pas empêché l’Union européenne de retirer trois pays de sa liste noire des paradis fiscaux (l’archipel Anguilla, la Dominique et les Seychelles) qui n’en compte désormais plus que neuf

Des 140 membres qui constituent le « Cadre inclusif » de l’OCDE/G20, 119 pays et 17 juridictions ont approuvé l’accord sur le BEPS 2.0 (selon l’acronyme anglais, Base erosion and profit shifting) reposant sur deux piliers et qui vise à adapter les règles fiscales mondiales aux réalités du XXIe siècle, en particulier au développement de l’économie numérique de ces dernières années.

La déclaration permet de faire entrer la fiscalité mondiale dans une nouvelle ère puisqu’elle remet en cause les paradis fiscaux et les multiples stratégies d’optimisation fiscale. Ceci devrait permettre un changement de cap en ce qui concerne la fiscalité internationale : on passerait d’une rivalité entre pays sur le terrain du moins-disant fiscal à une compétition plus saine qui consisterait à attirer les capitaux en fonction de la qualité des infrastructures par exemple

Un accord qui approfondit les inégalités Nord-Sud

Cependant, l’accord (qui porte sur deux piliers) est insuffisant, en particulier compte-tenu du contexte actuel qui accentue le besoin de mobiliser des recettes fiscales supplémentaires significatives pour tous les pays, y compris ceux du Sud, afin de faire face à la crise multidimensionnelle (sanitaire, sociale, économique et climatique).

Le premier pilier porte sur la taxation d’une faible partie des bénéfices de 100 entreprises multinationales (les plus grandes et les plus rentables au monde)

De plus l’accord institue une grande première, qui constitue une révolution dans le modèle fiscal international : le principe de taxation unitaire des multinationales est acquis, ce qui signifie que les taux seront calculés au niveau des groupes et non de chaque entité juridique distincte, coupant donc les ailes aux manœuvres consistant à transférer des profits entre filiales d’un même groupe pour des raisons purement fiscales.

Cependant, si ce principe est enfin validé, son application aurait dû concerner toutes les multinationales et une partie plus importante de leurs bénéfices. En effet, cet accord définit une nouvelle clé de répartition d’une fraction des bénéfices d’un nombre limité de multinationales (celles dont le chiffre d’affaires dépasse 20 milliards de dollars et le taux de rentabilité 10%) au détriment des paradis fiscaux et au profit des pays où se situent les maisons-mères et les ventes de ces sociétés, c’est-à-dire dans les pays où les entreprises exercent des activités commerciales et réalisent des bénéfices, qu’elles y aient ou non une présence physique.

Selon l’OCDE, des droits d’imposition sur plus de 125 milliards de dollars de profits (soit environ 108 milliards d’euros) devraient être réattribués chaque année entre les pays, à charge pour ces derniers de décider le taux d’impôt qu’ils y appliquent. Cela ne devrait concerner qu’une dizaine de milliards de dollars de recettes récupérées, alors que l’évasion fiscale générée par ces stratégies d’optimisation fiscale s’élève à vingt à trente fois plus selon les études

La réforme privilégie en outre les pays de consommation, c’est-à-dire principalement les pays dits développés. Quatre pays ne se sont pas joints à la déclaration, tous des pays du Sud : le Kenya, le Nigéria, le Pakistan et le Sri Lanka. La raison ? L’accord prévoit de supprimer toutes les taxes numériques existantes, or elles existent dans les deux pays africains mentionnés
; les deux pays asiatiques n’ont quant à eux pas justifié publiquement leur décision, mais elle s’inscrit dans le scepticisme que l’accord a suscité dans beaucoup de pays du Sud. Martin Guzmán, ministre des Finances de l’Argentine a déclaré que les préoccupations des pays en développement ont été largement ignorées dans les négociations. Il a aussi souligné que les pays en développement ont été contraints de choisir entre quelque chose de mauvais et quelque chose de pire, et que le pire scénario aurait été de ne rien obtenir, alors que le mauvais scénario est ce qu’ils obtiendraient

Un taux d’imposition minimum inférieur à la moyenne mondiale

Le deuxième pilier porte sur un taux d’imposition minimum mondial des sociétés et devrait être appliqué aux entreprises qui réalisent un chiffre d’affaires d’au moins 750 millions d’euros. Il a été fixé à 15 %. L’instauration de ce principe de taux minimum représente une énorme avancée, au moins sur le principe, puisqu’il met à mal la raison d’être des paradis fiscaux, qui tirent l’ensemble de la fiscalité mondiale vers le bas avec des taux de 0%

Cependant, pour réellement mettre fin à la course au moins-disant fiscal, il aurait fallu un taux au moins équivalent au taux moyen mondial qui est actuellement de 24%. C’est pour cette raison que la proposition initiale de Joe Biden d’un taux de 21% avait été bien reçue, même si les organisations de la société civile ont réclamé, depuis le début de ces négociations, qu’il s’élève à 25%.

Selon l’Observatoire européen de la fiscalité, un taux minimum mondial de 21% aurait permis de mobiliser 98 milliards d’euros de recettes supplémentaires par an pour les États membres de l’Union européenne, des recettes supplémentaires qui permettraient d’agir en faveur de la transition écologique et sociale, telle que l’ont demandé plus de 50 000 personnes dans les rues de Bruxelles ce dimanche 10 octobre 2021.

"Le taux est trop bas pour générer des revenus substantiels dans les pays en développement qui ont été les plus touchés par la pandémie"

Comme l’a souligné la Coalition pour la transparence financière, le taux est trop bas pour générer des revenus substantiels dans les pays en développement qui ont été les plus touchés par la pandémie. De surcroit, le taux moyen d’impôt des sociétés varie de 25% à 35% dans la plupart des pays d’Amérique latine et d’Afrique

Récemment, les quatorze membres de la Commission indépendante pour la réforme de la fiscalité internationale des entreprises ont affirmé qu’ « en pleine pandémie mondiale, et après avoir vu les pays riches monopoliser et thésauriser les vaccins, cet accord n’est guère de nature à renforcer la solidarité mondiale »

Les prochaines étapes ?

Les ministres des Finances et gouverneurs des banques centrales du G20 ont approuvé le texte actualisé de l’accord lors d’une réunion le 13 octobre 2021 à Washington. Il devra encore être approuvé lors du Sommet des dirigeants du G20 prévu les 30 et 31 octobre à Rome. L’accord est une première étape qui permettra de démarrer le processus d’élaboration d’une convention multilatérale en 2022, avant sa mise en œuvre en 2023.

D’ici là, la marge de manœuvre est, certes, faible mais il est encore temps d’améliorer ce projet d’accord. Comme la déclaration adoptée à ce stade est de très haut niveau, il y a en théorie encore beaucoup de décisions à prendre à un niveau plus détaillé (comme on peut le constater dans la déclaration et l’annexe).

Il serait dommage de passer à côté du momentum et de ne pas écouter les voix des citoyennes et citoyens qui exigent plus de justice fiscale, sociale et climatique. Nous avons plus que jamais besoin d’un accord qui garantisse la mise en place des transformations structurelles pour un monde juste et durable.

Par Leila Oulhaj (publié le 18/10/2021)
A lire sur le site CNCD
  • 24 novembre 2021 à 16:33

Les peuples indigènes dénoncent l’arnaque des marchés carbone

Quatrième jour à Glasgow. Les leaders mondiaux sont tous rentrés chez eux – en avion — mais les discussions se poursuivent à la COP26, le grand sommet sur le climat qui se tient jusqu’au 12 novembre. Après les annonces des jours derniers sur la lutte contre la déforestation (une centaine de dirigeants mondiaux se sont engagés lundi 1e novembre à enrayer la déforestation d’ici à 2030) et sur la réduction des émissions de méthane, la journée de mercredi fut plus technique. Thématique ? Comment la finance peut lutter contre le réchauffement climatique. Comme d’habitude, les kilomètres de couloirs qu’abrite le Scottish Event Campus menaient à de multiples conférences, débats, interviews et autres séances plénières, où il est parfois difficile de se repérer. Un sujet épineux a émergé des discussions : les marchés du carbone. Ces mécanismes permettent aux États et aux entreprises de compenser leurs émissions en achetant des quotas ou en investissant dans des projets de protection de l’environnement.

L’enthousiasme pour le dispositif n’est pas partagé. À l’entrée du site principal, des populations indigènes sont venues protester tôt le matin contre ce qu’elles estiment être un projet destructeur pour leurs communautés. « Les marchés carbone ne sont pas la solution, seulement une excuse pour permettre aux pays les plus pollueurs de continuer à extraire des énergies fossiles du sol », a commencé l’activiste de longue date Tom Goldtooth, directeur exécutif de l’Indigenous Environnemental Network. Regroupés en cercle derrière lui, plusieurs représentants de communautés péruviennes, d’Alaska ou du Canada brandissaient une pleine page du journal Financial Times sur laquelle figure une militante indienne, le regard déterminé. Le titre : « La compensation du carbone nous détruit. » La dizaine de militants présents portaient les habits traditionnels. Plusieurs d’entre eux ont pris la parole, le plus souvent en anglais mais également en portugais ou en espagnol, avec ce même refrain : les ressources fossiles doivent rester dans le sol. La seule solution pour atteindre la neutralité carbone est la réduction des émissions. En arrière-fond, une manifestation d’Extinction Rebellion résonnait, aux sons d’un tambour.

Le marché du carbone renaît de ses cendres

Eriel Deranger, directrice exécutive de l’organisation Indigenous Climate Action, s’est emparée du micro, la voix étranglée par l’émotion : « Ils nous disent que ce n’est pas grave parce que leurs émissions sont compensées. Ils essaient de nous acheter avec de l’argent mais ce qui nous rend heureux, c’est notre culture et notre identité. » À la fin de son discours, elle a expliqué que les marchés du carbone, en plus de permettre aux compagnies pétrolières et gazières de continuer leurs forages, chassent les populations indigènes de leurs territoires. « Ceux qui achètent les forêts et les terres veulent accroître leur capacité de séquestration du carbone. Dans les faits, cela veut dire que les communautés indigènes ne peuvent plus venir y chasser, pêcher ou même venir cueillir des plantes pour se soigner », a-t-elle dit à Reporterre. L’enjeu de cette COP26 : l’adoption, ou non, de règles robustes encadrant les marchés carbone, afin qu’ils ne contrecarrent pas les efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

« Cela montre que la société civile passe en dernier »

Les discussions ont dû, en tout cas, manquer de nuance : les ONG n’ont pas pu participer aux rencontres. Motif ? Les jauges, en raison du Covid. Cela a été annoncé à la dernière minute par le Royaume-Uni, le pays hôte de la COP. Aurore Mathieu, du Réseau Action Climat, rencontrée à l’extérieur des salles de réunion, nous a indiqué que seuls quatre tickets d’accès avaient été accordés pour des milliers de militants environnementaux. « Cela montre que la société civile passe en dernier », soulignait-elle. Surtout que le site internet sur lequel les rencontres devaient être rediffusées en direct fonctionnait mal. Pour les journalistes, la situation n’est guère plus simple. Certaines conférences importantes débutent à 9 h : une marée humaine s’agglutine alors autour de l’entrée principale, imposant aux participants d’attendre jusqu’à 1 h 30 avant de pouvoir mettre un pied dans le bâtiment.

Face à ces complications, même les employés ne semblent pas en mesure de fournir des réponses aux problèmes techniques. Le secrétariat des Nations Unies a envoyé un mot d’excuse mardi 2 novembre. Et s’est fendu d’un conseil : en cas de pluie, prenez le nécessaire. Même en période de réchauffement climatique, l’Écosse reste l’Écosse.
Compensation carbone, Greta Thunberg facétieuse, rebond des émissions en 2021… les autres actualités de la COP :

    COP26 : une large coalition de pays s’engage à sortir du charbon

Chili, Égypte, Pologne… À la COP26, une coalition de 190 pays et organisations s’est engagée à sortir de l’énergie au charbon à partir de 2030. La Chine et la France n’en font pas partie. Lire notre article ici.

    La finance promet d’atteindre la neutralité carbone en 2050…

Mercredi, 450 acteurs financiers se sont engagés à atteindre la neutralité carbone (ou le net-zéro) à l’horizon 2050. En d’autres termes, ces banques, assurances et gestionnaires d’actifs, qui représentent quelque 130 000 milliards de dollars d’actifs, s’engagent à atteindre un équilibre entre les émissions de gaz à effet de serre qu’ils émettent et celles qui seront retirées de l’atmosphère. Or ces objectifs reposent souvent sur des méthodes controversées dites de « compensation carbone », qui consistent à financer des projets de réduction d’émissions ou de séquestration de carbone.

Ces institutions ont promis de réduire leurs émissions de moitié au cours de cette décennie et se sont engagées à réviser leurs objectifs tous les cinq ans. « Plus de 130 000 milliards de dollars, et pas une seule règle pour empêcher qu’un seul dollar soit investi dans l’expansion des énergies fossiles… », a déploré l’ONG Reclaim Finance, qui indique que ces promesses n’empêcheront pas les investissements dans le charbon ou le pétrole.

    … Greta Thunberg se moque de ces objectifs :

L’activiste suédoise Greta Thunberg, facétieuse, a elle aussi décidé de se mettre au « net-zéro »… sur les gros mots : « J’ai le plaisir d’annoncer que j’ai décidé de devenir net-zéro sur les gros mots. Dans le cas où je dirais quelque chose d’inapproprié, je m’engage à compenser en disant quelque chose de gentil », a-t-elle déclaré sur Twitter. Elle faisait allusion au refrain qu’elle avait entonné au début de la COP, entourée de militants : « Vous pouvez vous mettre votre crise climatique dans le cul. » « Vous pourriez payer quelqu’un d’autre dans quelques années pour dire quelque chose de gentil à votre place », lui a conseillé Doug Parr, directeur de l’unité scientifique de Greenpeace UK.

    Les émissions mondiales de CO2 rebondissent

En pleine COP26, le Global Carbon Project a dévoilé ce jeudi 4 novembre son panorama des émissions mondiales de carbone. Résultat : les émissions devraient rebondir en 2021, sans toutefois retrouver leurs niveaux d’avant la pandémie.

En 2020, les émissions de carbone d’origine fossile avaient chuté de 5,4 % en raison des restrictions et confinements liés au Covid-19. Mais une augmentation de 4,9 % se profile en 2021. En cause : une utilisation accrue du charbon et du gaz. Tous les principaux émetteurs ont vu leurs émissions croître par rapport à 2020, que ce soit la Chine (+4 %), les États-Unis (+7,6 %), l’Union européenne (+7,6 %) et l’Inde (+12,6 %).

    Une fausse Elizabeth II a fermé le robinet de pétrole

À Glasgow, mercredi, des militants de l’organisation Les Amis de la Terre ont manifesté contre l’extraction d’hydrocarbures en mer du Nord. Une fausse reine d’Angleterre était présente : « Un demi-siècle après l’ouverture du robinet du pétrole de la mer du Nord, Sa Majesté la Reine revient aujourd’hui pour le fermer », ont commenté les activistes sur Twitter.

Par COP26, Reporterre (publié le 04/11/2021)
A lire sur le site Anti-K
  • 23 novembre 2021 à 06:13

« Pandora Papers »: et si on passait à l’action?

Après « LuxLeaks » en 2014, les « Panama Papers » en 2016, les « Paradise Paper »s en 2017, les révélations des « Pandora Papers », issues d’une nouvelle fuite de 12 millions de documents provenant de la finance offshore, montrent à quel point les plus fortunés continuent d’échapper à l’impôt. Contrairement à ce qui est parfois avancé, aucun indicateur fiable ne permet de dire que la situation se soit améliorée au cours des dix dernières années.

Avant l’été, le site ProPublica avait révélé que les milliardaires états-uniens ne payaient quasiment aucun impôt par comparaison à leur enrichissement et à ce que paie le reste de la population. D’après Challenges, les 500 premières fortunes françaises sont passées de 210 milliards d’euros en 2010 à plus de 730 milliards en 2020 (c’est-à-dire de 10% à 30% du PIB), et tout laisse à penser que les impôts acquittés par ces grandes fortunes (information somme toute assez simple mais que les pouvoirs publics se refusent toujours à publier) ont été extrêmement faibles. Doit-on se contenter d’attendre les prochaines fuites, ou bien n’est-il pas temps que les médias et les citoyens formulent une plateforme d’action et mettent la pression sur les gouvernements pour résoudre la question de façon systémique ?

Le problème de fond est que l’on continue en ce début de 21e siècle d’enregistrer et d’imposer les patrimoines sur la seule base des propriétés immobilières, en utilisant les méthodes et les cadastres mis en place au début du 19e siècle. Si l’on ne se donne pas les moyens de changer cet état de fait, alors les scandales continueront, avec à la clé le risque d’un lent délitement de notre pacte social et fiscal et la montée inexorable du chacun pour soi.

Le point important est que l’enregistrement et l’imposition des patrimoines ont toujours été étroitement liés historiquement. D’abord parce que le fait d’enregistrer sa propriété procure au propriétaire un avantage (celui de bénéficier de la protection du système légal), et ensuite parce que seule une imposition minimale permet de rendre l’enregistrement véritablement obligatoire et systématique.

Ajoutons que la détention d’un patrimoine est aussi un indicateur de la capacité contributive des personnes, ce qui explique pourquoi l’imposition du patrimoine a toujours joué un rôle central dans les systèmes fiscaux modernes, en complément de l’imposition pesant sur le flux de revenu (flux qui peut parfois être manipulé à la baisse, en particulier pour les patrimoines très élevés, comme l’a montré ProPublica).

En mettant en place un cadastre centralisé pour tous les biens immobiliers, aussi bien pour les logements que pour les biens professionnels (terres agricoles, boutiques, fabriques, etc.), la Révolution française a ainsi institué dans le même geste un système d’imposition reposant sur les transactions (les droits de mutation toujours en vigueur aujourd’hui) et surtout sur la détention (avec la taxe foncière).

En France comme aux Etats-Unis et dans la quasi-totalité des pays riches, la taxe foncière ou son équivalent anglo-saxon la property tax continuent de représenter le principal impôt sur le patrimoine (autour de 2% du PIB, environ 40 milliards d’euros de recettes annuelles en France). A l’inverse, l’absence d’un tel système d’enregistrement et d’imposition des biens fonciers et professionnels explique dans nombre de pays du Sud l’hypertrophie du secteur informel et les difficultés ultérieures pour mettre en place une imposition des revenus.

Le problème est que ce système d’enregistrement et d’imposition des patrimoines n’a quasiment pas bougé depuis deux siècles, alors même que les actifs financiers ont pris une importance prépondérante. Le résultat est un système extrêmement injuste et inégalitaire. Si vous possédez un logement ou un bien professionnel d’une valeur de 300 000 euros, et que vous êtes endettés à hauteur de 290 000 euros, alors vous allez payer la même taxe foncière qu’une personne qui a hérité du même bien et possède de surcroît un portefeuille financier de 3 millions d’euros.

Aucun principe, aucun raisonnement économique ne peuvent justifier un système fiscal aussi violemment régressif (les petits patrimoines paient de facto un taux effectif structurellement plus important que les plus élevés), à part le fait qu’on part du principe qu’il serait impossible d’enregistrer les patrimoines financiers. Or il s’agit non pas d’une impossibilité technique mais d’un choix politique : on a choisi de privatiser l’enregistrement des titres financiers (auprès de dépositaires centraux de droit privé, comme Clearstream ou Eurostream) puis de mettre en place la libre circulation des capitaux garantie par les Etats, sans aucune coordination fiscale préalable.

Les « Pandora Papers » rappellent aussi que les plus fortunés parviennent à éviter les impôts sur leurs biens immobiliers en les transformant en titres financiers domiciliés offshore, comme le montre le cas des époux Blair et de leur maison de 7 millions d’euros à Londres (400 000 euros de droits de mutation évités) ou celui des villas détenus sur la côte d’Azur via des sociétés écrans par le premier ministre tchèque Babis (par ailleurs soupçonné de détournement de fonds européens).

Que faire ? La priorité devrait être la mise en place d’un cadastre financier public et d’une imposition minimale de l’ensemble des patrimoines, ne serait-ce que pour produire une information objective à leur sujet.  Chaque pays peut avancer immédiatement dans cette direction, en exigeant de toutes les sociétés détenant ou exploitant des biens sur son territoire de révéler l’identité de leurs détenteurs et en les imposant en conséquence, en toute transparence et de la même façon que les contribuables ordinaires, ni plus ni moins. En renonçant à toute ambition en termes de souveraineté fiscale et de justice sociale, on ne fait qu’encourager le séparatisme des plus riches et le repli sur soi. Il est plus que temps de passer à l’action.

Par Piketti (publié le 12/10/2021)
A lire sur le site Le Monde
  • 22 novembre 2021 à 18:21

« Une véritable « transition écologique » impliquerait d’exproprier les capitalistes » Adrien Cornet

Je m’appelle Adrien Cornet, je suis raffineur, délégué syndical CGT mais également militant à Révolution Permanente. Je suis très fier d’être là aujourd’hui pour nôtre campagne, la vôtre aussi je l’espère, celle d’Anasse.

L’élévation de la température de l’air et de l’océan, la fonte des glaciers ou la hausse du niveau des mers se poursuivent à une vitesse et une ampleur sans précédent dans l’histoire de la planète. Au Canada dans un pays du Nord, cet été, il a fait plus de cinquante degrés. Les canicules, les sécheresses, les incendies, les méga feux en Grèce, en Turquie, en Algérie et dans le sud de la France nous ont rappelé à quel point le réchauffement climatique est une actualité

La famine de cet été à Madagascar, reconnue par l’ONU comme conséquence du réchauffement climatique, a plongé plus d’un demi-million d’enfants de moins de cinq ans dans la malnutrition. Le réchauffement climatique est déjà d’une extrême violence pour les pays du Sud alors que l’Afrique de l’ouest et la région méditerranéenne connaissent des sécheresses à répétition.

Si les émissions de gaz à effet de serre se poursuivent à leur rythme actuel, la montée des océans pourrait attendre le mètre supplémentaire et plus de 300 millions de personnes seraient menacées d’inondations, particulièrement en Asie. Des îles entières vont disparaitre d’ici 2050. C’est demain.

Il faut empêcher la destruction de la planète, le constat nous l’avons fait depuis longtemps. Des milliers de personnes sont descendues dans la rue pour le dire dans les manifestations Youth for Climate et les marches pour le climat. A Paris nous étions encore plus de cinquante mille il y a peu.

Marx voyait déjà une incompatibilité fondamentale entre la production durable et le capitalisme, il expliquait cela à partir de l’analyse de l’épuisement des sols par l’agriculture capitaliste. Concurrence, brevets, obsolescence programmée, surproductions : le capitalisme n’est pensé que pour générer des profits pour les patrons, il n’est pas pensé pour répondre aux besoins des personnes. C’est un système basé sur une croissance infinie alors que les ressources de la planète sont elles belles et bien finies.

L’une des solutions avancées par le GIEC pour ralentir le réchauffement climatique serait de sortir des énergies fossiles. Seulement sortir des énergies fossiles, réorganiser les transports, prendre les mesures radicales dont nous avons besoin n’exige pas moins qu’une révolution. Car ce n’est pas l’humain ou l’activité individuelle qui accélère le réchauffement climatique et qu’on pourrait transformer, mais bien le système capitaliste dans son ensemble qui menace la vie sur terre. Dans ce cadre, la Loi climat, les Convention citoyenne, et toutes les mesures visant à une régulation du capitalisme, constituent une impasse stratégique.

La COP26 à Glasgow au mois de novembre sera une nouvelle mise en scène des patrons et des états à leur service qui vont collectivement faire semblant de se préoccuper du climat tout en faisant perdurer un système qui détruit cette même planète. Macron, comme la plupart des gouvernements capitalistes et les nombreux partis verts, nous promet une transition écolo main dans la main avec les entreprises.

Pourtant celles-ci sont conscientes de l’enjeu climatique. Seulement, elles luttent pour défendre leurs profits à tout prix. C’est le cas de Total dont on apprenait aujourd’hui qu’elle savait depuis 1971 les effets désastreux sur le climat de ses activités, mais qu’elle avait tout fait pour nier le réchauffement climatique en commandant des études en ce sens.

A Grandpuits nous avons été directement confrontés à un projet de greenwashing de Total. Depuis plusieurs années, Total ferme ses raffineries en France pour les délocaliser dans d’autres pays. Après Flandres, La Mède, ce fut le tour de Grandpuits en 2021. Total nous a annoncé un “Projet Galaxie” qui consiste à transformer notre raffinerie en doublant la rentabilité de l’usine, pour produire de l’agrocarburants et de l’agro plastic à base d’huiles végétales pour l’un et de sucres pour l’autre.

Face à cette mascarade écologique on a mené une grève de 45 jours. Une grève auto-organisée, structurée autour d’un comité de grève et d’assemblées générales qui prenaient toutes les décisions démocratiquement du début à la fin du conflit.

Dans ce cadre on a notamment pointé comment le prétexte écolo était utilisé pour détruire nos emplois. Le projet Galaxie est en effet une aberration écologique quand on sait que la production d’agrocarburants et d’agroplastic occupe d’énorme surfaces de terres dont on manque cruellement pour produire une nourriture bio et saine pour nos enfants. Je salue au passage le combat de Fatima Ouassak à Bagnolet avec nos camarades d’Alternatiba qui lutte pour que les enfants des quartiers populaires aient de la nourriture bio dans leurs cantines.

Surtout que Total développe d’autres projets polluants en exportant son activité dans des pays où les normes sont inférieures. Par exemple, en Ouganda où ils font construire un pipeline de 1500 kms au milieu des parcs naturels privant des milliers de familles de leurs terres et de leur seul moyen de subsistant et détruisant la faune et la flore au rythme des passages de bulldozers.

Cette lutte contre la destruction des emplois nous l’avons menée au sein d’une alliance inédite entre des travailleurs de la Pétrochimie et des organisations écologiques comme les Amis de la Terre et Greenpeace. Avec eux nous avons pu démonter le discours de Total, mais aussi réfléchir à ce que serait une autre transition écologique.

Dans le cadre de cette lutte on a prouvé que les travailleurs, contrairement à ce qu’on voudrait nous faire croire, avaient eux aussi et en premier lieu intérêt à la transition écologique. Parce que les ouvriers sont les premiers impactés par la pollution de leur usine, nous habitons près de nos raffineries, nous en respirons les fumées, nous nous baignons dans les rivières qui reçoivent les eaux usées de nos usines.

Rappelons comme le disait Marx que le travailleur est d’abord et avant tout guidé par l’aiguillon de la faim. Aucun d’entre nous raffineurs ou travailleurs des centrales nucléaires n’avons choisi avec enthousiasme de faire les trois huit et de respirer du carburant ou de risquer notre vie à chaque instant. Nous avons fait ce choix pour nous éloigner de la précarité, mais nous aussi avons intérêt à en finir avec les industries polluantes.

C’est pour cette raison que l’on défend l’idée que la transition écologique devra se faire avec les travailleurs au centre, et sous contrôle ouvrier.

Dans le cas des raffineries, en attendant d’en finir avec les énergies fossiles, produire sous contrôle ouvrier permettrait de réduire les dégâts écologiques. Par exemple, lors d’un défaut de maintenance entraînant un rejet Air/Eau plutôt que de vouloir à tout prix continuer à faire tourner la machine à profit quitte à polluer comme le fait le patronat, nous arrêterions l’outil de travail et nous ferions en sorte de ne pas polluer.

Encore une fois, la façon de produire et donc l’impact sur la nature dépend de qui dirige les moyens de production. C’est le cas dans les sites pétrochimiques mais aussi dans les transports, les centrales nucléaires, etc…

Une transition ouvrière va à l’encontre du capitalisme vert que la classe politique nous promet. Au mois d’août Macron exigeait dans un tweet « un accord à la hauteur de l’urgence » pour la COP26 à Glasgow. Mais dans le même temps, il est un des meilleurs soutiens du Projet de Total en Ouganda auprès du Président Ougandais.

C’est notre lutte qui inspire le programme écologique que nous porterons dans la campagne d’Anasse : un programme révolutionnaire qui tire les leçons de Grandpuits. Les capitalistes détruiront la planète plutôt que remettre en cause leurs profits et par-là nous condamnent… Nous avons besoin de mesures radicales qui remettent les travailleurs au centre.

A Révolution Permanente, nous sommes convaincus que la classe ouvrière est la seule capable de mener une véritable transition écologique aux côtés de nos alliés, des militants des organisations écologiques, des ingénieurs qui sont convaincus que ce n’est pas avec des taxes aux frontières ou en verdissant le capitalisme que l’on va sauver la planète.

« Le capitalisme détruit la planète, alors il va falloir détruire le capitalisme ». Dans ce cadre, il est urgent d’exproprier les capitalistes, de leur arracher les moyens de production. On ne peut pas leur laisser les leviers de l’économie avec lesquels ils ne pensent qu’au profit et ce en particulier dans les secteurs stratégiques : énergie, transports, qui sont clés pour la transition. Cela doit se faire sous contrôle ouvrier. Nous n’avons aucune confiance dans leur Etat qui a démantelé EDF, privatisé le rail, …

Un tel programme ne pourra s’imposer que dans la lutte de classe pour récupérer le contrôle de nos outils de production. Cette lutte révolutionnaire, on doit la mener aux côtés des écolos, de la jeunesse, et de l’ensemble de ceux qui subissent les conséquences néfastes du système capitaliste. C’est ce message là qu’on veut porter dans la présidentielle.

Par ailleurs, dans une campagne présidentielle marquée par le souverainisme, le nationalisme, notre campagne présidentielle veut porter la nécessité d’une transition écologique qui se veut internationaliste et anti impérialiste. La pollution c’est comme le nuage de Tchernobyl, elle ne s’arrête pas aux frontières.

Notre solidarité de classe non plus : les travailleurs de Petrobras au Brésil nous ont apporté leur soutien en dénonçant le Greenwashing de Total qui rachetait toutes les concessions pétrolières parce qu’ils ont les mêmes intérêts que nous en tant que travailleurs, celui de nourrir leur famille en protégeant notre environnement et la planète sur laquelle on vit. Partout dans le monde, en Ouganda, au Mozambique au Brésil, en France et ailleurs, les travailleurs, la jeunesse et les militants écolos doivent construire ensemble un rapport de force pour leur arracher les moyens de production.

Par Révolution Permanente (publié le 23/10/2021)
A lire sur le site Anti-K
  • 18 novembre 2021 à 13:31

Victoire ! A Lyon les militants antifascistes relaxés par la justice ce vendredi

Vendredi 29 octobre dernier, nous relayions l’appel au rassemblement organisé à Lyon le 4 novembre devant le Tribunal Judiciaire, en soutien aux militants antifascistes lyonnais inculpés pour une altercation avec le groupe catholique intégriste Civitas.

Pour rappel, l’altercation avait eu lieu durant une manifestation contre le pass-sanitaire, que Civitas tentait de récupérer pour diffuser leur idéologie raciste, antisémite, islamophobe, homophobe, transphobe ; le groupe prône l’instauration d’une religion théocratique en France et la reconnaissance du catholicisme comme seule « véritable religion ».

Vendredi dernier, nous dénoncions le caractère ultra répressif des détentions, qui utilisait une procédure exceptionnelle – à délai différé, qui garantit le passage devant le juge à l’issue d’une garde-à-vue sans preuve ni jugement. Le parquet s’était par ailleurs auto-saisit, cela-même alors que les militants de Civitas n’avaient pas porté plainte menait une enquête à charge contre les militants antifascistes.

Face au manque de preuves et à la disqualification des procès-verbaux, les juges n’ont eu d’autre choix que d’annuler la quasi-totalité de la procédure. Le tribunal a annulé les réquisitions de saisie et d’exploitation de la vidéosurveillance, pour cause de réquisition trop tardive, ainsi que des réquisitions de téléphonie, considérant qu’elles portaient une atteinte disproportionnée à la vie privée. Les policiers ont en effet avancé dans leurs enquête durant quatre jours entiers, sans véritable contrôle, avant de faire la demande de réquisition des images de vidéosurveillance. Selon les avocats des militants accusés, les policiers sont allés jusqu’à complètement omettre des images de vidéosurveillance prouvant que Civitas avait provoqué de sérieuses violences, avant mêmes les violences reprochées aux militants lyonnais-.

L’enquête, qui n’avait été menée qu’à charge, et non à décharge en violation du principe d’impartialité témoigne de la politique pénale du parquet de Lyon qui accumule les poursuites à l’encontre des militants antifascistes cela pendant les des groupes néo-fascistes tentent d’imposer un climat de terreur sur la ville. En parallèle, de nombreuses agressions connues, parfois même revendiquées par des groupes d’extrême-droite sont classées sans suite.

L’utilisation scandaleuse de la détention provisoire dans cette affaire vient appuyer les orientations politiques du parquet de Lyon, qui n’hésite pas à multiplier les attaques contre les militants antifascistes.

Alors que la relaxe de nos 7 camarades constitue une victoire importante d’affaires et face à une justice à deux vitesses qui condamne régulièrement les militants antifasciste ou des différents mouvements sociaux, les fortes mobilisations en soutien aux 7 camarades via la tribune signée par de nombreux avocats, professeurs, militants et journalistes, ou encore les mobilisations en personne – 150 personnes se trouvaient devant le tribunal au moment du délibéré – ont encore fait leurs preuves et ont largement contribué au verdict favorable tombé. Face à la répression notre arme reste la solidarité et la mobilisation !

Par Révolution Permanente (publié le 06/11/2021)
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  • 17 novembre 2021 à 15:35

Contre le pillage de la forêt roumaine, la lutte 2.0 d’un activiste vidéaste

Le regard plein de malice, cheveux grisonnants et gominés, Tiberiu Boșutar s’enfonce dans la forêt, dissimulé sous une épaisse veste de cuir de motard. Il est 16 heures ce jour de juin et une pluie fine tombe sur les hauteurs du village de Poienii Negri, dans le nord de la Roumanie. L’activiste, téléphone en main, commence à filmer des souches d’épicéas, qu’il soupçonne d’être le fruit d’une coupe illégale et retransmet le tout en direct sur Facebook. Plusieurs dizaines de milliers de personnes y suivent ses actions.

« Regardez ça mes amis, regardez ces souches ! » invective Tiberiu, « il n’y a aucun marquage ! » Sur cette parcelle où, d’après les documents officiels, ont lieu des coupes d’éclaircie se trouvent en effet plusieurs souches imposantes, vierges de tout marquage. C’est un premier indice de l’illégalité de ces abattages. En Roumanie, chaque arbre destiné à la coupe doit être inventorié par un ingénieur forestier et marqué à l’aide d’un marteau spécifique, identifié par un numéro unique et gardé sous verrou au sein des locaux des Ocoale Silvice, les unités administratives chargées de la gestion des forêts. « Les travaux d’entretien ne peuvent justifier la coupe d’arbres comme ceux-là. Voyez, ils étaient matures », ajoute Tiberiu Boșutar face à son smartphone.

Les mots acérés et la voix grave, l’activiste tient son audience en haleine. Toujours en direct, il contacte la police criminelle qui arrive sur les lieux quelques minutes plus tard. La vidéo tourne à l’enquête policière. L’activiste expose les plans de la parcelle, les documents officiels d’exploitation et développe son argumentaire jusqu’à l’arrivée de l’employé forestier chargé de la gestion de la parcelle. La tête basse, poursuivi par Tiberiu Boșutar qui l’interroge, l’homme botte en touche. Pressé par la police, il s’exécute et commence à mesurer les souches pour le procès-verbal de constatation. Une ambiance de cour de récréation règne, les différents acteurs s’invectivant devant des milliers de personnes derrière leur écran. En réalité, le conflit est moins léger qu’il n’y paraît. L’employé menace Tiberiu et le documentariste de la chaîne américaine HBO qui l’accompagne. Et finit même par prendre en photo les plaques d’immatriculation et menacer de représailles les personnes présentes.

Tiberiu Boșutar mène ce genre d’actions plusieurs fois par semaine et constate toujours les mêmes comportements chez les employés forestiers. « Rien ne peut sortir de la forêt sans qu’ils en aient connaissance, ils sont forcément complices. C’est ce qui explique leur comportement menaçant », explique-t-il. Voilà six ans qu’il traque et répertorie les irrégularités constatées sur le terrain. L’objectif n’est pas de s’attaquer aux travailleurs forestiers mais bien de faire changer les pratiques de toute la chaîne — notamment en pointant les failles de la législation.

Pour lutter contre l’exode de la jeunesse du village, il s’investit tout entier dans sa lutte

C’est en 2015 que l’homme a commencé son cheminement vers l’activisme. À l’époque, il partageait sa vie entre ses activités d’éleveur d’autruches et de directeur d’hôtel, tout en s’occupant de ses deux adolescentes. Au détour d’une conversation, elles lui annoncèrent ne pas vouloir rester dans le village de Moldoviţa où elles avaient grandi. Un choc. « Pourquoi travailler ici si mes filles ne resteront pas ? » Il acheta une Harley Davidson et prit la route. « Pendant plus d’un an, j’ai parcouru les routes, à l’Est surtout. » Bulgarie, Turquie, Ukraine, Ouzbekistan, Crimée…

Lui qui était peu sorti de son pays natal a découvert le monde. Il en est revenu apaisé, les idées claires. « La rancœur que j’avais envers mes filles m’avait quitté. Ici, tous les jeunes souhaitent quitter la région car elle est sinistrée et sans perspective d’avenir. Avec la richesse de nos forêts, nous pourrions tous être millionnaires, mais seules quelques personnes en profitent. Par la corruption et le vol, ils détruisent notre patrimoine économique. »

Pour lutter contre l’exode de la jeunesse du village, il s’est investi tout entier dans sa nouvelle mission : lutter contre le vol de bois. « Ces forêts sont importantes sur le plan écologique, certes, mais elles constituent surtout notre richesse économique. Celle-ci est pillée, sans aucune retombée positive pour nos communautés. C’est pour cela que je me bats, pas pour l’écologie. »

Depuis qu’il a tout quitté pour mener son combat, l’argent vient à manquer. Il survit grâce aux dons récoltés par son association. Ça ne l’empêche pas d’acquérir des caméras et de les installer sous ses fenêtres, pour surveiller les camions chargés de bois quittant le village. À l’aide du Sumal, le logiciel national de traçage du bois, l’homme vérifie si les grumiers sont en règle. Ont-ils déclaré le transport ? Le volume de bois chargé correspond-il aux avis enregistrés sur la base de données ? Le type de bois est-il conforme ?

« Avec trois ans d’enregistrement 24 heures sur 24 et plus de 20 000 chargements vérifiés, je suis devenu un spécialiste », sourit-il. Son militantisme lui prend tout son temps. Tiberiu écrit des rapports sur ses découvertes, saisit la police, la garde forestière, écrit au procureur, émet des recommandations aux politiques. Sur ses bureaux, des piles de dossiers s’élèvent, documentant les techniques de vol employées par les agents économiques et les employés forestiers : sous-évaluation des volumes, déclarations tronquées et modifiées, utilisation de faux marteaux de marquage ou de phéromones pour attirer des insectes xylophages sur les parcelles afin de justifier une coupe rase…

« Je m’attaque au système qui permet le vol et le blanchiment du bois, pas aux acteurs de terrain »

Le quarantenaire essaie cependant d’entretenir de bonnes relations avec tous les acteurs du bois. « Je ne vais pas poursuivre de pauvres chauffeurs de camions qui n’y peuvent rien comme le font d’autres activistes. Ce genre d’action, c’est du cirque. Ce qui m’intéresse c’est de m’attaquer au système qui permet le vol et le blanchiment du bois, pas aux acteurs de terrain qui subissent la corruption et essaient de s’en sortir. »

L’homme a par ailleurs démontré que les travailleurs forestiers ne pouvaient pas survivre en ne transformant que du bois acquis légalement. En 2017, avec quelques amis, ils investissent chacun un millier d’euros dans du bois brut pour le transformer et le vendre, en respectant la législation en vigueur. Bilan des courses ? Une perte nette de 50 %. Le prix de revente des planches est en effet trop bas… mais ce bas prix est justement la conséquence d’un afflux de bois illégal sur le marché. « Il est facile de comprendre que tout le monde vole. C’est un cercle vicieux qui s’autoalimente. »

C’est en partie grâce à ce travail acharné que la législation sur le bois a progressé ces dernières années [1]. Mais avec sa popularité grandissante, les ennemis se sont multipliés : des commerciaux jusqu’au ministère en passant par les employés forestiers. Comme il le martèle, « le vol de bois ne peut advenir sans la complicité de toute la chaîne forestière. » L’argent remonte jusqu’aux partis politiques, finance des campagnes politiques ainsi que de luxueuses voitures ou de somptueuses maisons. En Roumanie, la forêt est l’affaire des puissants et gare à ceux qui se trouvent sur leur chemin.

En 2020, Tiberiu a été attaqué en diffamation par le secrétaire d’État aux forêts Gelu Puiu. Ce dernier lui demande 200 000 euros pour l’avoir qualifié de « voleur » dans l’un de ses directs Facebook. Gelu Puiu, directeur forestier régional avant d’être secrétaire d’État, avait pourtant bel et bien été condamné dans une affaire de coupes illégales. En 2021, Tiberiu Bosutar a été est accusé de trafic de cigarettes. Des centaines de cartouches ont été retrouvées dans la maison d’une employée forestière, qui accusait Tiberiu d’en être le propriétaire. Au tribunal, aucune charge n’a finalement été retenue contre lui, faute de preuves. Cette année toujours, les deux associations de défense des forêts qu’il a créées ont été visées par un contrôle fiscal à la suite d’un signalement fait à l’Anaf — l’équivalent du fisc. Les deux personnes citées dans le procès verbal comme les dénonciateurs, par ailleurs proches de Tiberiu Bosutar, affirmèrent n’avoir jamais fait de tels signalements ou déclarations. Là encore, le contrôle n’a conclu à aucune irrégularité. Plus grave que ces intimidations et attaques en justice, Tiberiu est aussi victime d’agressions. À l’été 2020, il a été attaqué par deux hommes qui ont percuté sa voiture avant de briser les vitres avec des haches. Le tout a été retransmis en direct sur Facebook par Tiberiu. Il n’y a eu aucune poursuite pénale envers les agresseurs.

Enfin, la presse locale se charge aussi de nuire à sa réputation en menant depuis plusieurs années une campagne de dénigrement. Les articles et vidéos diffamantes sont largement relayés par divers groupes et syndicats d’exploitants ou de propriétaires forestiers. « Les voleurs crient aux voleurs », « Le loup qui se prétend garde des brebis »… autant de titres de presse pour qualifier le personnage de Tiberiu. « Il faut bien comprendre que dans nos villages, tout le monde vit du bois, directement ou indirectement. Personne n’a intérêt à changer les choses. Chaque famille compte des employés du domaine forestier, cela explique ces campagnes de dénigrement. S’attaquer au trafic de bois, c’est s’attaquer à tous les habitants. »

Aujourd’hui, Tiberiu Boșutar vit dans la précarité. Il loue un studio et l’appartement dont il est propriétaire est en ruine. « J’ai tout sacrifié pour devenir activiste, même mon père ne m’adresse plus la parole. On me prend pour un fou, un Don Quichotte qui se bat contre les moulins, mais je crois en ce que je fais. » Si l’activiste est fier de quelques avancées récentes, notamment des améliorations portées au traçage du bois, il découvre chaque semaine de nouvelles manières de contourner les règles. Les voleurs ont toujours un coup d’avance.

« À l’échelle de ma commune, tout a empiré à cause de moi. Je voulais des retombées économiques mais ce sont les entreprises des villages voisins qui profitent aujourd’hui de notre bois. Il nous faut désormais agir à l’échelle nationale. » Il ajoute : « Peu importe si on me tue. De toute façon, il est trop tard pour m’arrêter. »

Par Poienii Negri, Reporterre (publié le 09/07/2021)
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  • 6 novembre 2021 à 08:27

L’Albanie teste l’agromine, la dépollution des sols par les plantes

En Albanie, des paysans cultivent avec enthousiasme une plante jugée autrefois indésirable. Car en puisant des métaux lourds comme le nickel, l’Alysson des murs, « hyperaccumulatrice », dépollue les terres. L’expérimentation est portée par des scientifiques locaux et français.

Les paysans de la région ont beau s’échiner depuis des générations, les champs ensoleillés qui bordent les eaux profondes du lac d’Ohrid donnent peu. Sur cette terre rouge et sèche, située à quelques kilomètres de la frontière macédonienne, il faut assurer la nourriture du bétail. « La terre est peu productive. C’est à cause du nickel qu’il y a dans le sol..., résume Dalip Gaxho, un paysan de 60 ans, casquette sur la tête. Il n’y a que la culture fourragère qui fonctionne. C’est une terre peu fertile qui n’est pas adaptée à d’autres cultures. » Ici ou là, sur les collines à la végétation rase, on aperçoit les vestiges des mines de la période communiste.

Pauvres en nutriments, les terres de l’Albanie orientale sont naturellement riches en métaux lourds. Zinc, cobalt, et surtout nickel sont présents en fortes quantités sur ces sols dits ultramafiques. Cette concentration élevée en métaux n’est pas sans danger pour la santé humaine, mais est fort appréciée par une plante qui fleurit en ce mois de mai : l’Alysson des murs. Alyssum murale, de son nom latin, la famille Alillari la connaît bien : cette plante vert clair aux multiples fleurs jaunes s’épanouit autour de son village, Pojska. « Cette plante nuit aux cultures qui me font vivre ! Si je veux cultiver et vendre du maïs ou des haricots, je dois l’arracher de mes champs ! » s’agite Dalip Alillari, un fermier de 58 ans. « Pour nous, c’était une plante inutile, reconnaît plus posément Vahit, le fils. Elle nous paraissait même dangereuse, car quand tu veux cultiver quelque chose, tu es obligé de l’enlever quand elle apparaît dans tes champs… »

Si Vahit parle au passé, c’est que la famille regarde aujourd’hui d’un tout autre œil cette voisine appréciée des abeilles mais naguère indésirable. Ces cinq dernières années, les Alillari ont même recouvert certaines de leurs parcelles avec cette plante touffue qui peut atteindre un mètre de hauteur. À l’origine de ce changement inédit de culture : Aida Bani. Voilà plus de quinze ans que les recherches en phytoextraction de cette scientifique albanaise se concentrent sur l’Alysson des murs. « Alyssum murale est une plante hyperaccumulatrice. Ses racines puisent le nickel contenu dans le sol et elle peut stocker jusqu’à 2 % de ce métal dans ses tissus, s’enthousiasme cette agronome de l’Université de Tirana. Elle peut extraire les métaux de deux types de sols : des sols naturellement riches en métaux lourds, et des sols qui ont été contaminés par l’activité industrielle et minière. » Grâce au soutien financier du projet « Life agromine » puis du programme de microfinancements du Fonds pour l’environnement mondial (GEF SGP), la chercheuse cultive aujourd’hui près de huit hectares d’Alysson des murs dans l’est de l’Albanie.

C’est à Nancy que s’est joué une partie des expérimentations actuelles autour de l’Alyssum albanaise. Avec ses collègues et professeurs de l’Université de Lorraine, Jean-Louis Morel, Guillaume Echevarria et Marie-Odile Simonnot, Aida Bani s’est intéressée aux vertus dépolluantes de l’Alysson des murs, ainsi qu’à son potentiel économique. Une fois récoltées et séchées, les plantes cultivées en Albanie sont expédiées dans l’est de la France au laboratoire d’Econick, une entreprise fondée par sept chercheurs lorrains. Après l’incinération de la biomasse et divers procédés chimiques, les scientifiques récupèrent du sel et de l’oxyde de nickel. Ces biominéraux de haute qualité permettent des utilisations variées : pour la coloration de céramique ou des verres de lunettes, ou comme composants de batterie et autres catalyseurs. Si le coût de fabrication n’est pas encore en mesure de concurrencer l’extraction minière traditionnelle, la démarche résonne avec l’urgence écologique. L’entreprise espère séduire des industriels désireux de se fournir en matériaux issus de pratiques plus saines pour l’environnement.

La culture des amatrices de métal permettrait de dépolluer les sols en à peine cinq à dix ans.

Question rendements, les expériences menées jusque-là semblent prometteuses. En quelques années, le Centre de gestion économique et agro-environnemental d’Aida Bani a réussi à doubler la quantité de nickel récupérée grâce aux plantes. « De cent kilos par hectare en 2015, nous sommes arrivés à en récolter deux cents l’an dernier, se félicite la chercheuse, en inspectant une parcelle que vient d’irriguer Dalip Gaxho, le paysan. Nous avons doublé les rendements en jouant avec la distance, la densité des plantes, la fertilisation minérale et organique, le temps et la manière de récolter, mais aussi en l’associant avec d’autres plantes comme les légumineuses. » On recense de par le monde près de quatre cents plantes hyperaccumulatrices. Encore expérimentale, la culture des amatrices de métal permettrait de dépolluer les sols des métaux lourds en à peine cinq à dix ans.

Des champs de ces plantes hyperaccumulatrices ont ainsi fait leur apparition sur d’anciens sites industriels lorrains. Et en Albanie où les sols ultramafiques représentent près de 11 % de la superficie du pays, « l’agromine » pourrait ouvrir de nouveaux horizons à un secteur agricole en souffrance et apporter des revenus bienvenus dans des campagnes qui souffrent de la pauvreté et du manque de perspectives. « Les opportunités qu’offre la phytoextraction intéressent beaucoup les paysans du coin, assure Aida Bani. En cultivant ces plantes hyperaccumulatrices, ils peuvent gagner bien plus d’argent qu’avec les plantes fourragères : deux, trois, voire même quatre fois plus. » La vente à Econick des plantes récoltées améliorent déjà un peu le quotidien des paysans qui participent aux expérimentations.

L’opération sols propres que mène l’Alyssum murale autour du lac d’Ohrid semble ainsi satisfaire les Alillari, qui appliquent la rotation des cultures à leurs parcelles. Lentement vidés de leurs métaux par l’Alysson des murs, leurs champs gagnent en qualité et pourraient se montrer plus généreux dans le futur. « En retirant le nickel qui nuit à nos cultures, cette plante permet à nos terrains d’être plus productifs, se réjouit Vahit Alillari. Avec cette plante, tout le monde est gagnant : la professeure avec son expérimentation, et nous, les fermiers. » Pour l’instant, les métaux contenus dans la terre rouge de Pogradec paraissent inépuisables, et l’Alyssum murale a encore de beaux jours devant elle. Aida Bani compte en récolter plus de treize tonnes cette année. Afin d’améliorer le bilan carbone de l’expérience, et dans une perspective d’économie circulaire, la chercheuse discute avec ses collègues de Lorraine pour pouvoir un jour récupérer le métal stocké dans les plantes directement en Albanie.

Par Louis Seiller (publié le 18/05/2021)
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  • 3 novembre 2021 à 14:40

Prix de l’énergie : « Baisser notre consommation est la priorité des priorités »

Les prix du gaz et de l’électricité augmentent et annoncent un hiver difficile pour les plus démunis. Pour limiter de futures crises de hausse des prix, réduire notre consommation d’énergie et notre dépendance aux énergies fossiles est essentiel, selon Neil Makaroff, du Réseau Action Climat.

Neil Makaroff est le responsable Europe du Réseau Action Climat (RAC) et le représentant français du Climate Action Network (CAN), une organisation internationale fédérant plus de 1 300 associations impliquées dans la lutte contre le changement climatique.

Reporterre — À quoi est due la hausse actuelle des prix de l’énergie ?

Neil Makaroff — Cette hausse très sévère est notamment due à la hausse du prix du gaz. Depuis janvier, il a augmenté de plus de 170 % en Europe, pour plusieurs raisons. D’abord du fait de la reprise économique, avec un rebond de la demande en énergie à l’échelle mondiale, notamment en Asie et en Europe. La forte demande de gaz fossile pour redémarrer les centrales électriques accroît la tension sur le marché international.

Ensuite, le prix du gaz en Europe augmente pour deux raisons supplémentaires : la première est que nous dépendons beaucoup des importations de gaz, notamment russe. Il y a en ce moment des problèmes d’approvisionnement, peut-être pour des raisons politiques. Certains experts pensent que la Russie pourrait chercher par ce biais à exercer une pression sur l’Europe et sur la nouvelle coalition allemande afin qu’elle valide définitivement le projet de gazoduc Nord Stream 2 [1].

Habituellement, nous avons plutôt de bons stocks de gaz afin de faire face à ce type de situation. Or, la capacité de stockage européenne a été fortement réduite ces derniers mois, en raison d’un hiver très froid et d’un été très chaud, qui a impliqué une hausse de la consommation d’électricité — et donc de gaz — entre autres pour faire fonctionner les climatiseurs dans le sud de l’Europe.

Par effet d’enchaînement, cette hausse du prix du gaz entraîne une hausse du prix de l’électricité et du chauffage. Car sur le marché européen de l’électricité, le prix est déterminé par l’unité de production la plus chère. Le prix élevé du gaz se répercute sur le prix de l’électricité dans toute l’Europe, même en France, qui dépend assez peu du gaz pour produire de l’électricité.

Peut-on s’attendre à ce que cette tendance se poursuive dans les années à venir ?

Environ 20 % de l’électricité européenne est issue du gaz fossile, notamment en Italie, en Europe centrale et en Europe orientale. Si l’on maintient cette dépendance au gaz fossile, il y a de fortes chances que l’on soit confronté à des crises similaires, voire pires à l’avenir. Ce risque est d’autant plus grand que l’on maintient, voire que l’on renforce aujourd’hui cette dépendance avec la construction de nouvelles infrastructures gazières comme Nord Stream 2.

Que pensez-vous de la décision du gouvernement de mettre en place un « bouclier tarifaire » [2] pour protéger les Français de ces hausses de tarif ?

L’idée du gouvernement est de lisser le prix de la hausse du gaz sur plusieurs mois. Cela peut être une bonne solution, néanmoins la hausse a déjà eu lieu. Cela revient donc quand même à faire payer les hausses passées du prix de l’énergie aux ménages, notamment les plus modestes.

Que préconiseriez-vous ?

Nous proposons plutôt une mesure d’urgence très rapide : la hausse du chèque énergie à 710 euros. Ce chiffre s’appuie sur les estimations de l’Observatoire de la précarité énergétique. En comparaison, les 100 euros d’augmentation proposés par le gouvernement — sur un chèque aujourd’hui en moyenne à 200 euros — sont faibles.

Notre idée est d’annexer le montant du chèque énergie sur les futurs prix de l’énergie, afin que les ménages ne se retrouvent pas piégés avec une aide insuffisante, qui ne compense pas le coût réel de l’énergie. Cette mesure serait facilement finançable, car la hausse des prix de l’énergie fait que la TVA que touche l’État est également à la hausse. Les recettes supplémentaires dont va disposer la puissance publique devraient être utilisées et redistribuées sous forme de chèques énergie pour les plus modestes.

On entend souvent dire qu’il faudrait augmenter le prix de l’énergie pour limiter notre consommation. Comment faire en sorte que la transition écologique soit juste et n’affecte pas les plus vulnérables ?

Il s’agit là du projet de la Commission européenne, qui souhaite élargir le marché carbone aux secteurs du chauffage et du carburant afin de changer les comportements. Cette théorie se heurte à quelque chose de réel : beaucoup de ménages sont modestes, et se retrouvent piégés dans des solutions dépendantes des énergies fossiles. Une fois qu’un ménage a acheté une voiture diesel, par exemple, il n’en change pas immédiatement. Vouloir à tout prix augmenter les prix de l’énergie, cela représente un vrai risque de détresse sociale. En Europe, il y a environ 50 millions de personnes en situation de précarité énergétique aujourd’hui. Quand il y a une hausse du prix de l’énergie, ils la prennent de plein fouet. Pour nous, ce n’est pas une solution.

Les solutions sont plus structurelles. Il faut couper notre dépendance aux énergies fossiles. Pour cela, il faut rénover les logements, notamment ceux des plus précaires, et leur permettre de se chauffer grâce aux énergies renouvelables, tout en réduisant leur facture. Pareil pour la mobilité. Il faut faire monter en puissance les alternatives à la voiture individuelle, et pour les personnes qui n’ont pas d’autre choix, leur permettre d’accéder à des véhicules à faible émission, comme les véhicules électriques.

Ce sont des choix de politiques publiques structurantes, de long terme. Baisser notre consommation d’énergie est la priorité des priorités si l’on veut rendre nos sociétés moins vulnérables à la hausse des prix. La sobriété et l’efficacité doivent passer par là pour que nous soyons plus résilients. Sinon, les crises de hausse des prix de l’énergie risquent de revenir très régulièrement en Europe et en France.

Un autre levier est le développement des énergies renouvelables. Si nous les avions développées plus massivement, nous aurions réduit notre dépendance à l’importation de gaz fossile russe et ne serions pas dans cette situation. Certains proposent de créer de nouvelles infrastructures gazières pour importer davantage de gaz de Russie, d’Algérie ou du Moyen-Orient. Ce que nous proposons, bien au contraire, serait de faire le choix d’une forme de souveraineté énergétique à travers les énergies renouvelables.

Reste que certains matériaux nécessaires à la production d’énergie renouvelable proviennent d’autres pays…

Toute la question est la manière dont on investit et innove en Europe pour créer des technologies moins dépendantes de terres rares et de technologies issues de Chine, par exemple, comme dans le cas des panneaux photovoltaïques. Nous avons perdu beaucoup de temps en Europe sur la transition énergétique. Si l’on veut être indépendant, il faut que l’on investisse, que l’on innove, que l’on soit capables de créer des panneaux photovoltaïques avec un usage très limité de terres rares. C’est possible, mais cela demande de la volonté politique, de l’innovation, de l’investissement, de prendre le tournant des énergies renouvelables à l’échelle européenne et de ne pas laisser d’autres puissances comme la Chine ou les États-Unis fixer les standards de ces technologies.

Par Hortense Chauvin (publié le 02/10/2021)
A lire sur le site Reporterre
  • 2 novembre 2021 à 18:11

Manifestation géante à Rome contre l’extrême droite


Des dizaines de milliers d’Italiens ont demandé l’interdiction de l’extrême droite lors d’un rassemblement à Rome samedi après les violentes manifestations contre le passe sanitaire le week-end dernier imputées aux néofascistes. Portant des pancartes «Fascisme, plus jamais», les manifestants sur la place San Giovanni – un lieu associé historiquement à la gauche – ont demandé l’interdiction du groupe néofasciste Forza Nuova (FN).

Cette manifestation a rassemblé au moins 200.000 personnes, selon les organisateurs, qui ont mobilisé 800 cars et 10 trains. Des leaders de FN figuraient parmi les personnes arrêtées après l’attaque du siège du syndicat CGIL (gauche), principale confédération syndicale du pays, lors de la manifestation anti-passe du 9 octobre.

Les appels se multiplient pour interdire Forza Nuova

«Ce n’est pas seulement une riposte au ‘squadrisme’ fasciste», a déclaré le secrétaire général du syndicat CGIL Maurizio Landini, utilisant le terme désignant des forces paramilitaires après la Première Guerre Mondiale devenues une forme de bras armé du fascisme italien. «Cette place symbolise aussi tous ceux qui en Italie veulent changer le pays, qui veulent fermer la porte à la violence politique», a-t-il ajouté devant les manifestants rassemblés.

Plusieurs centaines de personnes s’étaient opposées samedi dernier à la police dans le centre de Rome, dévastant entre autres, le siège de la CGIL. L’attaque était intervenue après une manifestation contre l’obligation, à partir du 15 octobre, du pass sanitaire dans tous les lieux de travail.

Les appels se sont multipliés en Italie pour interdire Forza Nuova, mise en cause après ces manifestations. «Les groupes néofascistes doivent être interdits, dès maintenant. Mais au préalable nous avons besoin d’une éducation antifasciste dans les écoles», a déclaré à l’AFP une étudiante, Margherita Sardi.

Le Parti démocrate (centre-gauche), en tête des appels à l’interdiction de FN, a indiqué que sa pétition pour que le Parlement la prononce avait rassemblé 100.000 signatures.

Par Le Figaro avec AFP (publié le 16/10/2021)
A lire sur le site Anti-K
  • 30 octobre 2021 à 16:13

Brésil. Plus de 4000 ouvriers de General Motors en grève contre les attaques de leur direction

Plus de 4000 travailleurs du site de General Motors à Sao Caetano do Sul, dans la traditionnelle région industrielle de l’État de Sao Paulo, sont en grève depuis le 1er octobre. Face à l’importante crise économique au Brésil, les travailleurs ont répondu par une grève illimitée. En effet, les travailleurs et travailleuses du secteur ont été parmi les principales victimes de la crise liée à la pandémie. Ainsi, le secteur automobile a traversé des fermetures et délocalisations d’usines, des arrêts de production dus à la pénurie des pièces, notamment les semi-conducteurs, et la demande en baisse. La goutte de trop a été un énième refus de la part de la direction de leur demande concernant notamment l’augmentation salariale de 5 % et l’indexation salariale de l’inflation, entre autres revendications.

Avec un bilan de 600 mille morts dû à la pandémie, le pays est également enfoncé dans une crise économique, avec une inflation qui va crescendo et un taux de chômage qui a déjà dépassé 14 % dans le premier trimestre de 2021. L’état d’extrême insécurité alimentaire à laquelle ont été livrés 19 millions des Brésiliens a fait la une des journaux, dans lesquels on pouvait voir des photos des personnes accroupies devant des restes de carcasses à l’arrière d’un camion. En ce sens, la grève des milliers des travailleurs de General Motors peut être un point d’appui pour la classe ouvrière dans le scénario brésilien pour penser une réponse de fond à la crise.

Alors que la multinationale américaine a fait un bénéfice de 6,4 milliards de dollars en 2020, elle aurait déjà menacé de fermer ses portes au Brésil en 2019 en contrepartie des subventions faramineuses et récemment, avec l’appui des politiques gouvernementales visant à réduire les salaires et déresponsabiliser les patrons du paiement intégral du salaire de leurs salariés pendant la pandémie, comme la suspension temporaire du travail, mesure très répandue les derniers mois dans l’industrie automobile.

La grève comme réponse aux contre-propositions économiques de la multinationale, qui ne répondent aucunement aux revendications des travailleurs, montre le chemin non seulement contre la misère généralisée et l’inflation au Brésil, mais aussi contre toutes les contre-réformes du gouvernement de Bolsonaro. Une voie d’indépendance de classe face à l’opposition bourgeoise au président brésilien. Une nécessité urgente pour les travailleurs et exploités pour ne pas tomber dans le piège de courants politiques des capitalistes.

Par Tatiana Magnani (publié le 06/10/2021)
A lire sur le site Révolution Permanente
  • 29 octobre 2021 à 07:41

Un million d’Européens demandent la fin des pesticides

C’est la dernière ligne droite : plus d’un million d’Européens ont signé une pétition réclamant une sortie des pesticides d’ici 2035. Les organisateurs en attendent 150 000 de plus d’ici le 30 septembre à minuit. Elle obligera la Commission européenne à se positionner sur le sujet.

C’est une victoire à consolider… dans les prochaines heures. Plus d’un million d’Européens ont déjà signé l’Initiative citoyenne européenne (ICE) réclamant une sortie des pesticides. Un million, c’était le chiffre à atteindre pour que la Commission européenne soit obligée d’examiner le texte. Mais les initiateurs en espèrent davantage car « toutes les signatures ne seront pas validées par les autorités nationales », pour cause de mauvais numéro d’identité [1], faute d’orthographe dans le nom,ou autre imprécision. Ils visent donc 1,15 millions de pétitionnaires, à réunir d’ici jeudi 30 septembre, minuit.

Une ICE est une sorte de pétition officielle. Celle-ci, intitulée « Sauvons les abeilles et les agriculteurs », demande :
  •     l’élimination progressive de l’utilisation des pesticides de synthèse d’ici 2035,
  •     un soutien aux agriculteurs pour effectuer la transition agroécologique,
  •     des mesures de rétablissement de la biodiversité.
Attention toutefois : cette ICE, même couronnée de succès, ne va pas révolutionner l’agriculture. Elle n’a en effet aucune valeur contraignante. Elle obligera surtout la Commission européenne à se positionner publiquement sur le sujet. « On pourra rencontrer des représentants de la Commission, et présenter notre initiative aux eurodéputés, précise à Reporterre François Veillerette, porte-parole de Générations futures, l’une des associations à l’origine de l’ICE. C’est important, dans le rapport de force, de faire entendre la voix des citoyens face à la puissance des lobbies agro-industriels. »

Alors que l’Europe doit bientôt réviser divers réglementations encadrant l’usage de pesticides, cette ICE pourrait ainsi peser en faveur d’une mue agroécologique : « Quand un million de citoyens demandent une autre agriculture, les dirigeants ne peuvent pas faire comme si de rien était », conclut M. Veillerette.

Par Lorène Lavocat (publié le 29/09/2021)
A lire sur le site Reporterre
  • 26 octobre 2021 à 07:30

Clotilde Bato : « Les pois chiches, c’est l’une des meilleures alternatives aux protéines animales »

« Je suis toulousaine de naissance et indienne de cœur. Mes parents étaient des militants altermondialistes, et, grâce au travail de mon père pour l’ONG Frères des hommes, nous avons beaucoup voyagé dans notre enfance. Dès l’âge de 4 ans, mon frère et moi étions dans les manifestations antinucléaires, puis, quelques années plus tard, nos parents nous emmenaient dans les Andes ou au fin fond de la forêt amazonienne.

Le pays qui m’a le plus marquée, c’est l’Inde, où je suis allée pour la première fois à 7 ans, durant trois mois. C’était une aventure incroyable, nous allions de village en village et découvrions l’Inde pendant que mon père travaillait. A 10 ans, j’ai commencé à faire du chant lyrique, et je suis entrée au conservatoire professionnel à 17 ans.

    « J’ai fait un burn-out, et j’ai compris que je voulais trouver un métier qui ait un rapport aux autres, qui soit dans le partage. »

Mais j’y étais malheureuse : le chant, c’est comme du sport de haut niveau, il faut travailler énormément, apprendre l’italien et l’allemand, oublier sorties, ciné, amis… C’était une vie très contraignante, compétitive et solitaire. J’ai fait un burn-out, et j’ai compris que je voulais trouver un métier qui ait un rapport aux autres, qui soit dans le partage.

J’ai abandonné le chant, pour préparer un diplôme de relations internationales spécialisé dans l’Asie du Sud. Mais, lorsque je suis allée tester le métier en ambassade, à New Delhi, je me suis rendu compte que c’était un milieu très franco-français, et que je me serais encore retrouvée seule dans la vie d’expatriée. A 21 ans, j’ai demandé à mon père si je pouvais découvrir l’un de ses projets.

J’ai trouvé ma vocation au contact des paysans dans les villages indiens. En 2007, j’ai aidé à l’organisation d’une grande marche des paysans sans terre, et, peu après, j’intégrais SOL, une ONG française qui accompagne et soutient les petits paysans, notamment en Inde, en Afrique de l’Ouest et en France. C’est à ce moment-là que j’ai rencontré Vandana Shiva, figure indienne de la lutte écologique contre l’accaparement des terres et des semences.

En 2010, son association, Navdanya, s’opposait, au nom de la souveraineté alimentaire, à l’implantation en Inde de la première aubergine OGM, créée par Monsanto. Nous les avons rejoints dans ce combat et avons commencé à travailler avec eux sur divers projets pour défendre les paysans et leurs libertés.

Souveraineté alimentaire

Les beignets d’aubergine à la farine de pois chiche représentent à la fois mes valeurs et mes combats. Ils font appel à mes origines méditerranéennes, mais aussi à la savoureuse cuisine indienne que j’ai mangée toute mon enfance. En Inde, il existe plus de 4 500 variétés d’aubergines : blanches, roses, vertes, striées, rondes ou allongées… C’est pour moi un symbole de biodiversité et de l’importance qu’il y a à protéger cette biodiversité jusque dans nos assiettes.

Quant aux pois chiches, autre pilier de la cuisine indienne, c’est l’une des meilleures alternatives aux protéines animales, une légumineuse qui symbolise la souveraineté alimentaire et la lutte contre le changement climatique (puisqu’elle permet de se passer du soja, au bilan carbone élevé). Ces beignets sont aussi délicieux que symboliques. »

Toutes paysannes, tous paysans ! Voyage au cœur de l’agroécologie paysanne en Inde, en France et au Sénégal, association SOL.

Par Camille Labro (publié le 11/06/2021)
A lire sur le site Le Monde
  • 21 octobre 2021 à 13:53

Contre la progression des idées d’extrême droite, la nécessité d’une contre-attaque

Face à la multiplication des projets de réformes antisociales et la banalisation des thématiques du Rassemblement national dans les médias, il devient urgent pour la gauche de proposer une alternative sociale et porteuse d’espoir, alerte le sociologue Ugo Palheta.

Ces derniers jours, deux polémiques nées sur Internet sont venues illustrer la dynamique politique actuellement à l’œuvre en France : une vidéo publiée par un youtubeur fasciste connu sous le nom de «Papacito» qui mettait en scène l’exécution d’un électeur de la France insoumise, et le tweet du philosophe pour médias Raphaël Enthoven annonçant qu’il préférerait voter Le Pen plutôt que Mélenchon.

Dans les deux cas, il importe de comprendre ce qui se joue, de s’organiser, d’unir des forces et de dessiner des perspectives de mobilisation. Depuis plusieurs années, une offensive se déploie visant à accélérer le durcissement autoritaire de l’Etat, mais aussi à disqualifier l’ensemble de la gauche, des mouvements sociaux et des intellectuel·les critiques par l’accusation infamante de complicité avec le terrorisme. On a pu observer ces derniers mois comment le pseudo-concept d’«islamo-gauchisme», né à l’extrême droite, avait circulé dans les champs médiatique et politique, jusqu’aux ministres Jean-Michel Blanquer et Frédérique Vidal, pour appuyer la thèse (délirante) d’une telle complicité.

Assentiment de ce type de discours dans des médias

La vidéo de Papacito exprime le fait qu’avec la surenchère autoritaire et raciste des derniers mois, avec la banalisation du FN /RN et de ses «idées» dans l’espace médiatique (où l’on ne compte plus ses idéologues invité·es chaque jour), l’extrême droite extraparlementaire est amenée à aller toujours plus loin, ne serait-ce que pour exister. Plus loin, c’est l’envahissement du conseil régional d’Occitanie par le groupuscule royaliste Action française, l’incitation à prendre les armes et à en faire usage contre «l’ennemi» (les musulman·es, les antiracistes et antifascistes, les militant·es de gauche, etc.), l’exhortation de l’armée à intervenir contre les «hordes de banlieue», l’appel à un «homme fort», et on pourrait allonger la liste presque indéfiniment.

Les discours et les pratiques se radicalisent, avec la menace que se multiplient des attentats d’extrême droite. Mais la principale nouveauté, c’est l’assentiment que trouve ce type de discours dans des médias (privés) de masse : les pseudo-journalistes de Valeurs actuelles sont régulièrement invités sur les plateaux télés, Eric Zemmour peut déverser continuellement sa rhétorique fasciste sur CNews (et y soutenir Papacito au passage), une membre du groupuscule raciste Génération identitaire (dissous entretemps) se voit tendre un micro dans une émission de grande écoute. Et tout ce beau monde peut prétendre à longueur de temps qu’il serait honteusement «bâillonné».

Inclinations profondes

Dans le cas du tweet de Raphaël Enthoven, la manœuvre ne vise pas simplement à créer artificiellement une polémique afin de s’attirer un peu d’attention médiatique. La déclaration du «philosophe» exprime sans doute honnêtement ses inclinations profondes et ne devrait nullement prêter à l’étonnement. Elle a plutôt le mérite de révéler ce que chacun·e pressent, à savoir que si la classe dominante, son personnel politique et ses idéologues attitré·es sont amené·es dans les années à venir à choisir entre l’extrême droite et une perspective de rupture de gauche avec le néolibéralisme, ils et elles opteraient largement pour la première option. D’ailleurs, l’ancien ministre de l’Education nationale Luc Ferry n’avait pas déclaré autre chose dès 2010, quand il disait trouver Marine Le Pen «plus responsable et moins dangereuse» qu’Olivier Besancenot. Et comment donner tort à Enthoven et Ferry de leur point de vue d’idéologues conservateurs, car si Marine Le Pen parvenait au pouvoir, elle ne menacerait assurément en rien les intérêts de la classe à laquelle ils appartiennent et dont ils expriment les aspirations, les craintes et les intérêts ; au contraire elle constituerait un rempart de l’ordre social.

«Plutôt Hitler que le Front populaire», disaient la bourgeoisie française et son personnel politique dans les années 30. Nous ne faisons pas face actuellement au nazisme et il n’y a point de Front populaire à l’horizon, mais le cynisme de certains acteurs du débat public ne paraît pas avoir régressé et la trajectoire que suit la France, marquée par la destruction des solidarités collectives et des conquêtes sociales (Sécurité sociale, droit du travail, services publics, etc.), la remise en cause des libertés publiques et la banalisation des discours racistes, l’entraîne d’ores et déjà vers le pire.

Une contre-offensive est donc impérative, sous peine de voir s’approfondir ce processus de fascisation : elle pourrait commencer samedi avec la marche «pour les libertés et contre les idées d’extrême droite», à laquelle appellent largement des mouvements sociaux, des syndicats et des partis de gauche. Mais il faudra qu’elle parvienne à s’adresser aux classes populaires et qu’elle trouve une traduction politique. En s’appuyant sur des propositions associées à la gauche (taxer davantage les dividendes, augmenter les salaires, réinvestir fortement dans les services publics, etc.), elle pourrait parvenir à faire émerger un projet alternatif et hégémonique. C’est à ce prix que pourrait renaître un espoir de changement.

Par Ugo Palheta (publié le 11/06/2021)
A lire sur le site Libération
  • 19 octobre 2021 à 12:02
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